Guide

Guide à destination des (futures) familles arc-en-ciel

Ce guide a pu être réalisé grâce au soutien financier de Pro Familia Suisse dans le cadre d’un contrat de mandat.

© Association Faîtière Familles arc-en-ciel Suisse, 2017
Tout droit réservé
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Introduction

Résumé et remerciements
Le présent guide reprend dans sa première partie les mythes et préjugés existants à l’égard des familles arc-en ciel et des personnes LGBTIQ* désireuses d’avoir un enfant pour ensuite fournir des arguments permettant de les déconstruire. La deuxième partie s’intéresse aux possibilités et difficultés liées aux projets parentaux des personnes LGBTIQ*. La troisième partie est consacrée aux défis auxquels les familles arc-en-ciel sont confrontées au quotidien, à la maison ou à l’école, et propose des conseils pratiques pour les relever. Les sujets abordés sont complétés par les résultats de l’enquête réalisée en 2017 sur la situation des familles arc-en-ciel en Suisse et par différents témoignages personnels.

Les informations contenues dans ce guide ont été rassemblées par des membres actifs de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel. Nous souhaitons ici tout particulièrement remercier les personnes suivantes :

Martin della Valle, Chatty Ecoffey, Nuray Erler, Tobias Kuhnert, Delphine Roux, Hannes Rudolph, Martina & Maria von Känel ainsi que toutes les personnes qui ont enrichi ce guide de leur témoignage personnel.

Préface

de Maria von Känel
Directrice de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel

Avec l’ouverture de l’adoption de l’enfant du/de la partenaire dès 2018, nous avons franchi une étape importante sur le chemin de la pleine reconnaissance des réalités de vie des familles arc-en-ciel en Suisse. Il n’empêche que de nombreuses questions restent en suspens, et la situation juridique ainsi que les politiques familiales ciblent toujours les familles père-mère-enfant. Or, plusieurs milliers d’enfants grandissent en Suisse dans des familles arc-en-ciel de structures très diverses, et leur nombre augmente tous les ans. C’est pourquoi un débat politique et social s’impose sur la protection des différentes structures familiales, sur leur représentation dans les manuels scolaires notamment et sur leur visibilité dans les médias. Depuis sa création, l’Association faîtière Familles arc-en-ciel s’engage pour la visibilité et la reconnaissance juridique et sociale des familles arc-en-ciel au sein de la société suisse. Nous encourageons par ailleurs les échanges entre les familles et œuvrons pour que les discriminations juridiques restantes soient levées. Nous organisons des tables rondes, des ateliers et des colloques. Nous créons des réseaux politiques pour favoriser l’élimination de toute forme de discrimination telle que l’interdiction de l’adoption conjointe, de la procréation médicalement assistée ou du mariage pour les personnes LGBTIQ*.

Au quotidien, les personnes LGBTIQ* désireuses de fonder une famille et les familles arc-en-ciel sont souvent confrontées à des questions pratiques, par exemple quant aux manières possibles de réaliser un projet parental ou de formaliser un accord relatif à la prise en charge, à l’éducation et à l’entretien de l’enfant, ou encore en ce qui concerne la raison d’une convocation émise par l’autorité de protection de l’enfant. Depuis 2010, notre équipe de conseil s’attache à répondre à ces questions et à bien d’autres en se basant sur les connaissances empiriques accumulées, ou renvoie vers d’autres professionnel-le-s.

Dans le cadre de mon activité de directrice de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, j’ai déjà accompagné d’innombrables familles à des rendez-vous administratifs et constaté que bon nombre de professionnel-le-s ignorent tout des réalités des familles arc-en-ciel et manquent d’expérience à cet égard. Les entretiens personnels ont permis de combler des lacunes, de favoriser la compréhension et, souvent, de trouver des solutions convenant à toutes les personnes concernées.

Le présent guide vise à transmettre nos connaissances empiriques accumulées et à formuler un certain nombre de recommandations relatives à des situations délicates. Nous cherchons à encourager les personnes et familles LGBTIQ* à défendre leur structure familiale et leur mode de vie, à demander de l’aide si nécessaire et à contribuer, par leur visibilité, à la reconnaissance des familles arc-en-ciel en Suisse. En espérant que ce guide sera utile dans le cadre de tout projet parental et dans la vie familiale, nous souhaitons que sa lecture soit aussi instructive qu’inspirante.

Explication des termes utilisés

par Tobias Kuhnert

Ce guide utilise l’acronyme LGBTIQ*. Il désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans*, intersexuelles et queer. Lesbienne et gay et bisexuel sont les orientations sexuelles de personnes aimant et/ou étant sexuellement attirées par des personnes du même sexe (L et G) ou indifféremment par une personne du sexe opposé ou une personne du même sexe (B). Trans* désigne une identité de genre et désigne une personne dont le sexe assigné à une personne à sa naissance ne correspond pas à sa propre identité de genre. L’astérisque (étoile) renvoie aux nombreuses variantes et auto-définitions des personnes trans. Le contraire de trans* est cisgenre. Le terme d’intersexualité (ou intersexuation) se réfère aux personnes dont le sexe physique ne peut être clairement déterminé à la naissance comme « masculin » ou « féminin » selon la norme médicale. Queer est un terme générique désignant les personnes qui se définissent comme ne correspondant pas à la norme hétérosexuelle et/ou cisgenre. L’astérisque (étoile) à la fin renvoie à la conscience de la non-exhaustivité de ces listes et donc à d’autres variantes et orientations sexuelles ou identités de genre, symbolisant l’ouverture à l’égard de ces variantes et identités.

Nous utilisons par ailleurs le trait d’union ou le point pour signifier la diversité des sexes et genres possibles et existants, au-delà des deux catégories binaires homme et femme : « les professionnel-le-s » ou « les professionnel.le.s ». Cette graphie permet d’éviter la construction hétéronormative du genre. L’hétéronormativité décrit la présomption qu’il n’existe que deux sexes (masculin et féminin) qui se désirent mutuellement (hétérosexualité) et se comportent (ou sont censés se comporter) conformément aux rôles de genre (homme / femme) qui leur est attribué. Cette construction ne tient pas compte de toutes les autres formes. L’utilisation du trait d’union ou du point laisse un espace qui renvoie aux sexes, genres ou rôles de genre au-delà ou entre l’homme et la femme.

Malgré ces outils linguistiques d’inclusion, ce guide ne sera pas exempt de termes hétéronormatifs ou cisnormatifs. Pour éviter de renforcer ces schémas de pensée, nous avons essayé de compléter ou d’élargir les termes tels que femme, homme, donneur de sperme ou mère de substitution qui renvoient à des caractéristiques biologiques (sperme, maternité) et à certains termes qui y sont associés (donneur – masculin, rôle féminin socialement construit). La parentalité étant un sujet fortement biologisant sur le plan linguistique, nous n’y sommes pas toujours parvenu-e-s comme nous le voudrions. Nous tenons à préciser que tout manque de différenciation n’est pas dû à une volonté de renforcer l’hétéronormativité ou la cisnormativité mais à l’absence de termes inclusifs.

Indication des sources

Tous les contenus de ce guide se basent sur les connaissances spécialisées pratiques et théoriques des auteur-e-s. Les autres sources sont systématiquement signalées et précisées à la fin de chaque chapitre.

Mythes au sujet des familles arc-en-ciel

par Delphine Roux

Dans cette partie, les mythes les plus courants au sujet des familles arc-en-ciel et des personnes LGBTIQ* qui souhaitent fonder une famille seront présentés. En nous basant sur les recherches internationales, les résultats du sondage national « Les familles arc-en-ciel en Suisse » mené par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, nous vous proposons une déconstruction de ces mythes.

Mythe 1 : Les personnes LGBTIQ* ne voudraient pas ou n’auraient pas d’enfants

Les familles arc-en-ciel existent et sont de plus en plus nombreuses. Ces dix dernières années, le nombre d’enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel n’a cessé d’augmenter, et la moitié des jeunes LGBTIQ* souhaitent avoir des enfants.

Contrairement au mythe largement répandu, les personnes LGBTIQ* souhaitent et peuvent avoir des enfants, quand elles n’en ont pas déjà. Il est difficile de déterminer exactement combien d’enfants grandissent dans des familles arc-en-ciel en Suisse. Nous estimons que ceci est principalement dû au fait que les sondages ou les études menés à l’échelle nationale ne demeurent encore pas suffisamment inclusifs, dans la formulation de leurs questions ou dans leur méthodologie, aux personnes LGBTIQ* qui ont des enfants et aux différentes structures familiales composant la diversité des familles arc-en-ciel, mais également parce que les personnes LGBTIQ* ont une certaine réticence à être étiquetées voire recensées dans un sondage national. « L’Office fédéral de la statistique concède qu’il faut « interpréter avec une grande prudence » les chiffres sur les couples de même sexe avec enfant(s) qui sont déterminés par extrapolation (Office fédéral de la statistique 2012). Il n’existe donc aucune donnée fiable sur le nombre de couples de même sexe avec enfant(s) », indique la chercheuse Yv E. Nay[1] de l’Université de Bâle.

Néanmoins, les constats faits sur le terrain par les associations LGBTIQ* et les associations travaillant avec les familles et la jeunesse montrent que les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel sont de plus en plus nombreux. Les expert.e.s estiment ainsi qu’en Suisse, entre 6’000 et 30’000 enfants grandissent actuellement dans des familles arc-en-ciel. Ces chiffres sont basés sur deux projections différentes de l’Allemagne et de la France[2]. Le sondage « Les Familles arc-en-ciel en Suisse » nous fournit par ailleurs quelques estimations : sur 884 personnes LGBTIQ* répondantes, 40% ont déjà des enfants et 582 enfants grandissent avec 353 parents arc-en-ciel. On peut en déduire que les familles arc-en-ciel ont ainsi en moyenne 1.6 enfant, une moyenne proche du taux de natalité suisse à 1.54.

[1] Nay, Yv E. (2016). Que dit la science sur les familles « arc-en-ciel » ? Tour d’horizon de la recherche, p. 1-9. http://www.regenbogenfamilien.ch/fr/fakten/
[2] Nay, Yv E. (2016). Idem

De la diversité familiale aux familles arc-en-ciel

Autre mythe répandu: la majorité des enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel en Suisse seraient forcément issus de relations hétérosexuelles antérieures avec un père et une mère statutaires et ne bénéficieraient donc pas de l’ouverture de l’adoption à l’enfant du/de la partenaire dans un couple de même sexe.

Au contraire : il y a autant de diversité de structures familiales au sein des familles arc-en-ciel qu’au sein de la diversité familiale globale : les enfants arc-en-ciel peuvent grandir dans une famille monoparentale, dans une famille nucléaire avec deux papas ou deux mamans, dans une famille recomposée, dans une famille adoptive, etc. Les enfants peuvent donc avoir été désirés et être nés au sein de couples de même sexe, issus d’une précédente relation hétérosexuelle, adoptés dans des contextes particuliers ou recueillis dans le cadre d’une famille d’accueil. Dans certains cas, il est fait appel à un don de sperme, une mère de substitution ou au don d’ovocytes. Dans le cas de parents trans*, le coming-out de ces derniers peut avoir lieu avant ou après l’arrivée des enfants.

Interrogés sur la manière grâce à laquelle ils ont pu fonder leur famille, les répondant.e.s du sondage national « Les familles arc-en-ciel en Suisse » indiquent que leurs enfants ont pu voir le jour :

A 33% grâce à l’insémination artificielle à l’étranger (donneur inconnu ou connu)
A 31% au sein d’une relation hétérosexuelle antérieure
A 17% grâce à un don de sperme privé
A 10% grâce à un projet de co-parentalité
A 3% grâce à la gestation pour autrui à l’étranger
A 2% grâce à une relation hétérosexuelle actuelle
A 1% au sein d’une famille recomposée (enfants issus d’une première union homo-ou hétéroparentale)
Un nombre minoritaire de personnes LGBTIQ* a eu recours à l’adoption (qu’elle soit nationale ou internationale) ou en tant que famille d’accueil

Interrogés dans le sondage « Les familles arc-en-ciel en Suisse » sur le fait de bénéficier ou non de l’entrée en vigueur vraisemblable début 2018 de l’adoption de l’enfant du/de la partenaire dans un couple de même sexe, ces parents LGBTIQ* ont répondu :

à 44% qu’ils en bénéficieront et déposeront une demande d’adoption
à 38% que leur compagnon/compagne en bénéficiera et déposera une demande d’adoption
et à 46% qu’ils bénéficieront de l’acceptation sociale qui augmentera grâce à cette loi

Ainsi, contrairement au mythe répandu, les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel ne sont de loin pas minoritaires et ce n’est pas un nombre minoritaire d’enfants qui bénéficiera de la protection juridique qu’offrira l’entrée en vigueur de l’adoption de l’enfant du/de la partenaire dans un couple de même sexe puisque 53% des familles ayant répondu au sondage « Les familles arc-en-ciel en Suisse » ont été fondées soit grâce à l’insémination artificielle à l’étranger, grâce à un don privé, ou grâce à la GPA.

LGBTIQ* et futurs parents

Les personnes LGBTIQ* peuvent souhaiter fonder une famille ou, au contraire, ne pas vouloir d’enfants, tout comme les personnes hétérosexuelles. 18% ont entre 16 et 24 ans 36% des personnes répondantes ont entre 25 et 34 ans et 31% ont entre 35 et 44 ans. Les résultats montrent en outre que 54% des personnes LGBTIQ* répondantes qui n’ont pas encore d’enfants souhaitent fondre une famille dans un avenir proche. Le désir de fonder une famille chez les jeunes et les jeunes adultes LGBTIQ* est donc bien présent. Comme les personnes hétérosexuelles, les personnes LGBTIQ* peuvent également ne pas vouloir d’enfants. Du côté de la France, selon une enquête française réalisée par Michel Dorais en collaboration avec Isabelle Chollet en 2012, 60 % des jeunes lesbiennes et gay de moins de 25 ans interrogés déclarent vouloir fonder une famille[1].

Comment ses personnes LGBTIQ* souhaitent-elles fonder leur future famille ? Selon les résultats du sondage national « Les familles arc-en-ciel en Suisse »:

24% grâce à l’adoption (intrafamiliale/extrafamiliale, internationale)
16% grâce à l’insémination avec donneur connu
12% grâce à l’insémination avec donneur inconnu
12% grâce à un donneur de sperme privé
10% grâce à un projet de co-parentalité
8% grâce à la gestation pour autrui
8% en devenant une famille d’accueil
8% ne savent pas encore comment

Ces pourcentages montrent également que les futurs enfants bénéficieront également de la protection juridique qu’offrira l’adoption de l’enfant du/de la partenaire. Ils/elles sont 43% à déclarer, dans le même sondage, que la non-reconnaissance légale envers leur enfant est une de leurs peurs[2].

Mêmes droits

« La Suisse a ratifié la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant en 1997. Elle s’est ainsi engagée à garantir ces droits à tous les enfants en Suisse, sans aucune discrimination et indépendamment du statut de l’enfant ou de ses parents (art. 2 CDE). Toute pénalisation des enfants de familles homoparentales, par exemple quant à leurs droits à entretien, est contraire à ce principe », rappelle Stefanie Knocks, directrice du Réseau suisse des droits de l’enfant[3]. De manière générale, la question mérite d’être posée : même s’il s’agissait d’une minorité d’enfants, ceux-ci n’ont-ils pas le droit d’être protégés et mis sur le même pied d’égalité que les autres enfants, pour ne pas les discriminer uniquement en raison de l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de leurs parents ?

Mythe 2 : les personnes LGBTIQ* ne seraient pas de bons parents

Ce qui est déterminant pour le bien-être des enfants, c’est la qualité de la relation et le climat familial, la disponibilité d’une personne référente constante apportant à l’enfant chaleur humaine et réconfort, créant un entourage social viable et le soutenant dans son développement individuel, et non pas l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des parents. Les personnes LGBTIQ* sont d’aussi bons parents que les personnes hétérosexuelles.

Un des mythes qui persiste encore envers les familles arc-en-ciel, y compris parmi les professionnel.le.s travaillant avec la jeunesse et les familles, et que l’on estime à l’origine des discriminations juridiques envers les familles arc-en-ciel telles que l’interdiction de l’adoption conjointe par un couple de même sexe ou encore l’interdiction d’accès à la procréation médicalement assistée, est que les personnes LGBTIQ* ne seraient pas de bons parents. Les enfants ne se développeraient pas bien ; il leur manquerait un père ou une mère et, pire, il n’y aurait pas de recherches scientifiquement valables, voire de recherches tout court, sur le fait que les enfants vont bien et que les parents arc-en-ciel sont de bons parents.

40 ans d’études internationales

Bien au contraire : depuis 1970, le développement psychologique, social et cognitif des enfants grandissant auprès de parents du même sexe est étudié et les recherches internationales sont unanimes : les enfants de familles arc-en-ciel se développent aussi bien que les autres et ont une vie sociale, scolaire et ensuite professionnelle équilibrée. Ce qui est déterminant pour le bien-être des enfants, c’est la qualité de la relation et le climat familial, et non pas l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des parents. C’est à ce résultat que sont parvenues 72 enquêtes quantitatives et qualitatives de longue durée réalisées en Allemagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, en France, au Canada, aux États-Unis et en Australie[4]. Ces recherches se sont axées autour des capacités parentales et autour du développement cognitif, psychologique et social des enfants.

Les contre-études souvent citées par les opposant.e.s à l’adoption ne répondent pas à des critères scientifiques : deux études en particulier affirment prouver que les enfants de couples homoparentaux sont désavantagés. Or, tant la « New Family Structures Study » réalisée par Mark Regnerus en 2012 que l’étude « Emotional Problems among Children with Same-sex Parents : Difference by Definition » réalisée par D. Paul Sullins en 2015 n’ont pas été reconnues par les spécialistes et ne répondent pas à des critères scientifiques[5].

« Il faut un papa et une maman pour… »

Autre mythe largement répandu, celui qui commence par « il faut un papa et une maman …

… pour élever un enfant » : non, les recherches internationales montrent et soulignent que la condition primordiale est la disponibilité d’une personne référente constante apportant à l’enfant chaleur humaine et réconfort, créant un entourage social viable et le soutenant dans son développement individuel. Ce mythe de la famille dite traditionnelle érigé en le seul modèle uniquement valable et viable pour le bien-être des enfants questionne également la reste de la diversité familiale actuelle : les parents dans les familles monoparentales ou recomposées notamment sont d’aussi bons parents que les autres parents. Dans un tel contexte, il importe peu, pour le bien-être de l’enfant, qu’il grandisse dans une famille où les parents sont de sexe opposé, dans une famille monoparentale ou dans une famille arc-en-ciel.
… sinon l’absence d’un père ou d’une mère se fera ressentir » : les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel sont entourés de figures du sexe opposé, des grand-père, oncle, parrain, enseignant, etc. s’ils grandissent avec deux mamans et inversement s’ils grandissent avec deux papas. Leur norme, c’est leur famille. Ce mythe part également de l’idée erronée que certaines capacités parentales seraient inhérentes au sexe et donc biologiques : la douceur et le fait de prendre soin de l’enfant et de s’occuper des tâches ménagères notamment ne seraient propres qu’à la mère ; l’autorité et les activités sportives faites avec les enfants notamment ne seraient propres qu’au père. En réalité, ces rôles de genre stéréotypés et les rôles parentaux figés qui en découlent sont des constructions sociales : les recherches montrent que l’instinct maternel n’existe pas, et qu’en réalité, ce n’est pas toujours la mère qui prend soin de l’enfant et le père qui exerce l’autorité. Les couples de même sexe en sont un parfait exemple puisqu’ils font exploser ces catégories parentales figées. Les études montrent qu’ils divisent les tâches ménagères et parentales de manière égalitaire, en se basant sur l’intérêt, les capacités et la personnalité de chacun des parents.
… pour faire un enfant » : les techniques de procréation médicalement assistées (PMA) le rappellent : acte sexuel, procréation et parentalité ne vont plus forcément ensemble, même dans un contexte parental hétérosexuel: il ne faut pas un papa et une maman pour faire un enfant, mais bien un ovule et un spermatozoïde pour en concevoir un.

Mythe 3 : les familles arc-en-ciel ne seraient pas des familles «naturelles»

Les familles arc-en-ciel sont tout aussi naturelles que les autres car ce sont des familles qui prennent soin de leurs enfants. Ce qui constitue une famille et qui en fait partie est défini par chaque famille individuellement.

Les familles arc-en-ciel ou les familles homoparentales sont souvent mises en opposition aux familles dites traditionnelles (une famille nucléaire avec un papa et une maman), comme s’il n’existait qu’un type de famille valable et prédominant. On entend souvent également que les familles arc-en-ciel détruiraient cette famille dite traditionnelle, qui serait le fondement de notre société, et qu’elles ne seraient pas des familles « naturelles ».

La famille est une institution sociale

La société évolue et, avec elle, les structures familiales. Toutes deux sont des institutions sociales, construites par la société, et donc ni naturelles, ni idéologiques. La société suisse n’est pas que composée du modèle familial dit traditionnel ou nucléaire – mais d’une diversité de structures familiales : recomposées, monoparentales, nucléaires, adoptives, d’accueil, arc-en-ciel, pluriparentales, etc., structures familiales qui ne mettent pas l’accent que sur les liens biologiques mais également sur les liens sociaux. Ce qui constitue une famille et qui en fait partie est défini par chaque famille individuellement. Le modèle familial des familles arc-en-ciel est basé sur un modèle social de la famille qui met l’accent notamment sur la relation d’attachement et sur la volonté d’assumer des responsabilités, indépendamment du lien de parenté biologique. A noter qu’une famille composée de deux mamans ou de deux papas, ou d’une famille composée d’un papa gay et d’une maman lesbienne qui ne sont pas en couple est également une famille nucléaire.

Ainsi, ce qui est naturel ou normal pour une famille ne l’est pas forcément pour une autre, tout comme les normes sociétales diffèrent d’un pays à l’autre, d’un endroit ou d’un groupe de personnes à un autre. De même, la Commission Fédérale de Coordination pour les questions familiales (COFF) définit la famille comme « l’ensemble des formes de vie constituées par l’organisation des liens en principe durables entre parents et enfants à travers les générations ainsi qu’au sein du couple, et qui sont reconnues en tant que telles par la société. »[6]

La famille et les droits évoluent, à travers quelques exemples :

Il y a 50 ans, le fait de divorcer était très mal vu. En 2015, les statistiques suisses montrent que la moitié des mariages se terminent en divorce et les familles recomposées sont de plus en plus nombreuses.
Le concubinage a été interdit jusqu’au milieu du 20e siècle par la plupart des cantons – jusqu’en 1995 pour le Valais – et les enfants nés hors mariage étaient considérés comme hors-la-loi et bâtards. En 2016, même si les personnes vivant en couple sont majoritairement mariées, le 1/5e des personnes qui vivent en ménage sont en concubinage[7].
Si l’on regarde le droit de la famille au 20e siècle, ce n’est qu’en 1978 que l’autorité parentale est partagée entre le mari et la femme dans un couple marié avec enfants ; auparavant, seul le mari avait l’autorité parentale, intitulée « puissance paternelle »[8].
L’entrée en vigueur en janvier 2018 de la nouvelle Loi sur l’adoption permet non seulement l’adoption de l’enfant du/de la partenaire dans un couple de même sexe, mais également aux personnes menant de fait une vie de couple (couple de sexe opposé ou couple hétérosexuel), une avancée juridique qui permet une modernisation du droit de l’adoption puisque cette adoption n’était réservée qu’aux couples mariés auparavant.

Les familles arc-en-ciel sont-elles vraiment de nouvelles formes de familles ?

Non, les familles arc-en-ciel existent depuis longtemps, bien avant que les gens en prennent conscience. Pour l’anecdote, Anna Freud, fille de Sigmund Freud, avait une famille homoparentale au début du 20e siècle déjà : elle était en couple avec Dorothy Burlingham, qui avait des enfants issus d’une union hétérosexuelle antérieure, et toutes et tous vivaient ensemble.

Destruction de la famille traditionnelle ?

Aucun modèle familial n’est supérieur à un autre et aucun modèle familial, de par son existence, ne nuit à un autre ou aux droits d’un autre modèle familial. Les familles arc-en-ciel, de par leur existence, ne nuisent en aucun cas à l’existence des familles dites traditionnelles ni ne leur imposent leur modèle familial. De même, accorder les mêmes droits à toutes les familles, dont aux familles arc-en-ciel, n’ôtera en rien les droits fondamentaux des familles dites traditionnelles. « Toutes les familles prennent des responsabilités et offrent amour, sécurité et perspectives d’avenir à leurs proches. Pour pouvoir prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, toutes doivent bénéficier de chances équitables, quel que soit leur mode de vie. C’est le cas si la société et les pouvoirs politiques reconnaissent leurs réalités et s’attachent à définir un cadre qui place le bien de l’enfant au cœur des réflexions. Une telle démarche présuppose d’interagir sans discrimination avec toutes les personnes qui s’investissent dans l’éducation et l’accompagnement d’enfants ou de personnes âgées », rappelle Lucrezia Meier-Schatz, ancienne Conseillère nationale PDC et ancienne directrice de Pro Familia Suisse dans la préface de la Brochure d’information Familles arc-en-ciel[9].

Une famille qui ne serait pas naturelle ?

…. « Parce qu’elle n’a pas été conçue à travers l’acte sexuel d’un homme et d’une femme » : actuellement, la séparation entre procréation, voire l’acte sexuel, et la parentalité, est de plus en plus courante : 10% de la population suisse est infertile, dont 25 à 30% des personnes de 30 à 35 ans.[10] On pointe souvent du doigt les couples de même sexe, et en particulier les couples de lesbiennes, comme étant l’exemple type de couple ayant recours à la procréation médicalement assistée (à l’étranger), mais elles sont loin d’être les seules. La majorité des personnes qui ont recours à la PMA et la GPA (à l’étranger) sont en effet des couples de sexe opposés ou des personnes hétérosexuelles. A noter qu’un homme marié est automatiquement, juridiquement, le père de l’enfant de sa femme, même si celui-ci a été conçu grâce à un don de sperme sur sol suisse ou à un don d’ovocyte à l’étranger – cette reconnaissance de filiation automatique n’est pas encore ouverte en Suisse aux couples de même sexe.
… la nature, souvent citée par les opposant.e.s, pour démontrer que les personnes LGBTIQ* et les familles arc-en-ciel ne seraient pas naturelles, n’est pas aussi traditionnelle qu’on voudrait nous le faire croire : ce sont les hippocampes mâles qui sont enceints et mettent bas ; les escargots sont des êtres intersexués, tout comme notamment les poissons-clowns ; « une femelle requin continue seule de faire des bébés »[11], tout comme notamment les méduses[12], et plus de 1’500 espèces animales ont des comportements homosexuels. Du côté de la manière d’élever les bébés animaux, deux manchots mâles du zoo de Bremerhaven – mais aussi de New York – ont couvé ensemble un œuf délaissé par une femelle et élevé ensuite ensemble le bébé manchot[13], tandis que chez les oiseaux Pukeko, les bébés sont élevés au sein d’une famille pluriparentale, pouvant se retrouver jusqu’à 18 oiselets dans le nid[14], pour ne citer que deux exemples de « structures familiales » qui ne seraient pas naturelles, alors qu’elles se retrouvent dans la nature.

Mythe 4 : les enfants dont les parents sont LGBTIQ* deviendraient LGBTIQ* à leur tour

Les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel n’ont pas plus de probabilité d’être LGBTIQ* plus tard que les enfants grandissant dans des familles hétéroparentales.

« Les parents LGBTIQ* vont rendre leurs enfants LGBTIQ* à leur tour » est un autre mythe répandu et qui est souvent cité comme argument visant à interdire aux personnes LGBTIQ* d’avoir des enfants… ce qui, bien sûr, n’est pas le cas.

Les études internationales déconstruisent là aussi ce mythe : le pourcentage d’enfants qui ont grandi dans des familles arc-en-ciel et qui se définissent plus tard comme LGBTIQ* est le même que le pourcentage d’enfants ayant grandi des familles hétéroparentales et qui se définissent plus tard comme LGBTIQ*[15]. L’orientation sexuelle ou l’identité de genre des parents n’a donc aucune influence sur celle des enfants.

Avoir des parents LGBTIQ* ne signifie pas forcément que l’on va se définir comme LGBTIQ* plus tard. Au-delà de l’évidence qu’est le fait que les personnes LGBTIQ* sont nées majoritairement de parents hétérosexuels, personne ne peut « rendre » quelqu’un LGBTIQ* : être LGBTIQ* n’est ni pas une maladie et ce n’est donc pas contagieux ni guérissable ; cela ne s’apprend pas via l’éducation, et ce n’est pas un choix.

Ce qui peut différer quelque peu des enfants grandissant dans des familles hétéroparentales est que les enfants qui ont une famille arc-en-ciel et qui plus tard se questionnent sur leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre pourront bien évidemment plus facilement en parler avec leurs parents et ne seront pas rejetés, contrairement au rejet que rencontre encore trop souvent les jeunes LGBTIQ* de la part de leur famille suite à leur coming-out.

A noter que ce mythe puise clairement sa source dans LGBTIQ*-phobie, puisque si l’on ne considère pas l’homosexualité, la bisexualité ou la transidentité comme un problème, il n’y aurait donc aucun problème à ce que les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel soient LGBTIQ* comme leurs parents.

Mythe 5 : les enfants vont être la cible de LGBTIQ*-phobies

Les discriminations LGBTIQ* sont présentes dans notre société. Des moqueries peuvent être dirigées envers les familles arc-en-ciel à cause de leur structure familiale. Les enfants développent des stratégies constructives.

« Les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel vont forcément subir du rejet, de l’exclusion sociale », notamment de la part de leurs camarades de classe : un mythe qui ne puise pas entièrement sa source dans le fait d’être LGBTIQ*-phobe, contrairement au mythe 4, mais qui témoigne plutôt de l’inquiétude par rapport au bien-être des enfants et met en parallèle les discriminations dont sont encore trop souvent la cible les jeunes LGBTIQ*.

Les études montrent que les enfants des familles arc-en-ciel ne subissent pas forcément du rejet ou de l’exclusion sociale, autrement dit, de la LGBTIQ*-phobie par procuration envers ses parents, mais peuvent parfois être victimes de moqueries. Ils reçoivent surtout beaucoup de questions de la part de leurs camarades, qui témoignent de la méconnaissance liée à leur structure familiale. Interrogé.e.s dans le cadre du sondage national « Les familles arc-en-ciel en Suisse », 30% des parents ont répondu avoir subi des manifestations de LGBTIQ*-phobie envers leur famille – et donc pas forcément directement envers leurs enfants – et 4.5% des parents ont rencontré des LGBTIQ*-phobies au sein de l’école de leurs enfants.

Rappelons également que la majorité des personnes interrogées en Suisse pour des sondages se déclarent en faveur de l’égalité des droits des enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel[16].

« Leur forme familiale est acceptée par la plupart de leurs pairs. Il peut néanmoins arriver qu’elle donne lieu à des moqueries. Or, ces enfants développent en général des stratégies adéquates pour y faire face. »[17] En outre, contrairement aux jeunes LGBTIQ*, ces enfants trouvent du soutien auprès de leurs parents, qui les outillent pour faire face à ces éventuelles situations et pour répondre aux questions. Globalement, ils entretiennent d’excellentes relations avec leurs pairs ainsi qu’avec les adultes les entourant[18]. Quand ils sont plus grands, les adolescent.e.s peuvent sélectionner à qui parler de leur structure familiale ou non.

Les enfants sont principalement discriminés juridiquement car ils ne sont pas protégés envers leurs deux parents. Les contacts avec les autorités et les écoles peuvent être également plus compliqués car les professionnel.le.s ne connaissent pas forcément les questions liées aux familles arc-en-ciel ou, pire, ont des apriori sur celles-ci. Les enfants constatent également que leur structure familiale est invisibilisée et que seule la famille dite traditionnelle est présentée comme modèle valable dans les manuels scolaires, les livres, les médias, etc. On ne dirait par ailleurs pas aux parents de ne plus avoir de filles à cause du sexisme dont elles peuvent être la cible ou aux parents aux origines ou d’une culture différentes de ne plus avoir d’enfants à cause du racisme. Il est surtout nécessaire et important de se demander, à l’inverse, ce que l’on peut faire pour construire une société égalitaire et diversifiée, sans discriminations, quelles qu’elles soient. L’importance de la sensibilisation et de la formation des professionnel.le.s travaillant avec la jeunesse et les familles est à souligner, de même que celle de visibiliser d’autres types de structures familiales dans les écoles, les crèches, etc.

Mythe 6 : «On ment à ces enfants»

Les enfants grandissant dans des familles arc-en-ciel connaissent leurs origines et comment ils ont été conçus.

« On ment à ces enfants », en général sur leurs origines, est un mythe régulièrement entendu et utilisé lors des manifestations violemment homophobes de la « manif pour tous » dans le cadre des débats parlementaires pour l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe en France.

De prime abord, il est évident que les enfants comprennent vite que pour faire un bébé, il faut un ovule et un spermatozoïde. Nicole Prieur, philosophe, psychothérapeute et auteure souligne que à travers ses entretiens réguliers dans son cabinet avec des enfants, elle a relevé cinq grandes questions récurrentes chez les enfants élevés dans des familles homoparentales. La première question est « De quel couple je suis né ?». De cette question, elle relève que les enfants élevés dans des familles homoparentales savent pertinemment qu’il faut un homme et une femme au moins pour faire un bébé[19].

L’origine des enfants, comment ils ont été conçus et ont pu voir le jour, a la même importance pour les familles arc-en-ciel que pour les familles hétéroparentales. Les enfants qui grandissent avec deux papas ou deux mamans grandissent majoritairement dès leur naissance avec leurs deux parents : il n’y a donc pas de père absent ou de mère absente qu’on cacherait à ces enfants, mais des donneurs de sperme privés ou à l’étranger ou des gestatrices qui ont accepté de faire ce cadeau que d’aider à une famille à voir le jour, des personnes qui ne pouvaient pas s’occuper de leurs enfants et dont les enfants ont été adoptés, et qui ont, en toute connaissance de cause, juridiquement renoncé à leurs droits. Les origines des enfants, leur histoire, comment ils ont pu voir le jour, sont expliqués aux enfants en temps voulu, avec des mots adaptés à leur âge, en toute transparence. Isabel Côté, chercheuse canadienne, rappelle que le fait d’avoir recours à un donneur connu ou inconnu n’a aucune influence sur le bien-être de l’enfant : « Il s’agit de dissocier la question des origines de la question du secret entourant le mode de conception : les enfants conçus grâce à un donneur qui réclament de connaître leur origine sont ceux qui ont appris, de manière plus ou moins brutale, les circonstances entourant leur conception parce le secret a été gardé sur leur conception. C’est bien le secret entourant la conception et non la conception elle-même qui fait souffrir un enfant. »[20]

 

[1] Dorais, Michel et Chollet, Isabelle (2012). Etre homo aujourd’hui en France : enquête. Broché.
[2] A ce sujet, lire également : Association faîtière Familles arc-en-ciel (2015) : Dossier homoparentalité – révision du droit de l’adoption : http://www.regenbogenfamilien.ch/fr/material/publikationen/
[3] Association faîtière Familles arc-en-ciel (2015) : Dossier homoparentalité – révision du droit de l’adoption, p.4 : http://www.regenbogenfamilien.ch/fr/material/publikationen/
[4] http://whatweknow.law.columbia.edu/topics/lgbt-equality/what-does-the-scholarly-research-say-about-the-wellbeing-of-children-with-gay-or-lesbian-parents/
[5] http://www.famillesarcenciel.ch/familles-arc-en-ciel/faits/
[6] Commission Fédérale de coordination pour les questions familiales COFF (2004). La politique familiale, pourquoi ? https://www.ekff.admin.ch/fileadmin/user_upload/ekff/05dokumentation/f_03_Publ_Warum.pdf
[7] RTS Info, 1er avril 2016, « Les trois quarts des Suisses sont en couple et le mariage a toujours la cote » :
https://www.rts.ch/info/suisse/7614048-les-trois-quarts-des-suisses-sont-en-couple-et-le-mariage-a-toujours-la-cote.html
[8] Commission fédérale pour les questions féminines (2001) : Femmes. Pouvoir. Histoire de l’égalité en Suisse de 1848 à 2000, Droit : les femmes dans le droit civil : https://www.ekf.admin.ch/ekf/fr/home/documentation/histoire-de-l_egalite–femmes-pouvoir-histoire/femmes-pouvoir-histoire-18482000.html
[9] Association faîtière Familles arc-en-ciel et Association 360, Groupe Homoparents (2015). Brochure d’information Familles arc-en-ciel : http://www.regenbogenfamilien.ch/fr/material/publikationen/  [10] Le Temps (12.05.16), Faire des bébés, pas si simple: https://www.letemps.ch/societe/2016/05/12/faire-bebes-simple
[11] Sciences et Avenir (19.01.2017), « En absence de mâle, une femelle requin continue seule de faire des bébés » : https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/la-femelle-requin-zebre-peut-changer-de-mode-de-reproduction_109866
[12] Futura Planète, « Reproduction des méduses et cycle de vie » : http://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-monde-mysterieux-meduses-1061/page/6/
[13] Le Monde (03.06.2009), « Un couple de manchots gays adopte petit avec succès » : http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/06/03/un-couple-de-manchots-gays-adopte-un-petit-avec-succes_1202028_3214.html
[14] The Guardian (18.07.2016), « New Zealand : Earth’s Mythical Islands – in pictures »:
https://www.theguardian.com/environment/gallery/2016/jul/18/bbc-new-zealand-earths-mythical-islands-in-pictures
[15] Coalition des Familles LGBT, Des recherches scientifiques pour déconstruire les mythes à propos des familles homoparentales : « Mythe 5 : les enfants qui vivent dans des familles homoparentales vivent dans la confusion quant à leur identité de genre et aux rôles de genre conventionnels », p. 16-17, et « Mythe 6 : les enfants qui ont des parents homosexuels seront aussi homosexuels », p. 19-20 : http://www.familleslgbt.org/documents/pdf/CFH_MELS_Module_Mythes_FRA.pdf
[16] Enquête Isopublic « Homoparentalité » du 12 juin 2010 : http://www.regenbogenfamilien.ch/docus/52_Isopublic_UmfrageFRA.pdf
[17] Rupp, M. (2009) Die Lebenssituation von Kindern in gleichgeschlechtlichen Lebensgemeinschaften, Köln: Bundesanzeiger-Verl.-Ges.
[18] Coalition des Familles LGBT, Des recherches scientifiques pour déconstruire les mythes à propos des familles homoparentales : « Mythe 8 : les enfants qui sont élevés dans des familles homoparentales ont plus de difficultés dans leurs relations sociales », p. 23-25 http://www.familleslgbt.org/documents/pdf/CFH_MELS_Module_Mythes_FRA.pdf
[19] Association faîtière Familles arc-en-ciel et Association 360 – Groupe Homoparents, mai 2013, Bilan de la 2e Conférence nationale Familles arc-en-ciel, Nicole Prieur : « La question des origines : entre dogmatisme et ouverture », p.23
[20] Association faîtière Familles arc-en-ciel et Association 360 – Groupe Homoparents, mai 2013, Bilan de la 2e Conférence nationale Familles arc-en-ciel, Isabel Côté : « Du père au géniteur en passant par le tiers intéressé́. Le rôle du donneur au sein des familles lesboparentales québécoises », p.26

Guide à destination des (futures) familles arc-en-ciel

Adoption et adoption de l’enfant du/de la conjoint.e

par Martina von Känel, Nuray Erler, Tobias Kuhnert et Martin della Valle

L’adoption signifie qu’une personne adulte ou un couple assume la charge d’un enfant non biologique. Dans le cas de l’adoption de l’enfant du conjoint/de la conjointe, c’est l’enfant biologique ou statutaire du ou de la partenaire qui est adopté. L’adoption fait naître une pleine parentalité juridique, avec tous les droits et devoirs que cela suppose : autorité parentale, entretien, succession, droit en matière de sécurité sociale, etc. La procédure d’adoption est régie par des lois internationales, fédérales et cantonales.

Depuis 1980, le nombre d’adoptions n’a cessé de baisser en Suisse. En 2014, 383 adoptions ont été enregistrées, soit environ quatre adoptions sur 1’000 enfants nés vivants ; pour la moitié d’entre eux, il s’agissait de l’enfant du/de la conjoint.e. La baisse du nombre d’adoptions est liée aux évolutions législatives et à l’application de la Convention de La Haye sur la protection des enfants dans le cadre de l’adoption internationale, à la diminution du nombre de grossesses non désirées grâce aux moyens de contraception et aux progrès de la médecine reproductive.

Pour qu’il puisse y avoir adoption, un certain nombre de conditions générales doivent être réunies :

La situation doit laisser supposer que l’adoption et l’accueil de l’enfant en vue de son adoption sont dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
Il ne doit pas être porté atteinte à l’intérêt supérieur des autres enfants des futurs parents adoptifs.
Les parents biologiques doivent avoir consenti à l’adoption.
Les dispositions légales doivent être respectées.

Par ailleurs, l’aptitude des futurs parents adoptifs est examinée dans la perspective du bien de l’enfant qu’ils souhaitent accueillir et en fonction de ses besoins. Les conditions en matière d’aptitude sont réunies si les futurs parents adoptifs :

disposent de suffisamment de ressources personnelles et financières, d’une santé suffisante, de suffisamment de temps et d’aptitudes éducatives ainsi que d’un logement approprié pour assurer à l’enfant un accueil, une éducation et une formation de qualité ;
sont prêts à accepter l’enfant avec ses particularités, à respecter son origine et (dans le cas d’une adoption internationale) à lui apprendre à connaître, sous une forme adaptée et compte tenu de ses besoins, son pays d’origine ;
n’ont pas été condamnés pour une infraction incompatible avec l’adoption ;
sont suffisamment bien préparés à l’adoption et ont participé à des séances de préparation ou d’information appropriées ;
n’ont pas plus de 45 ans de plus que l’enfant à adopter, sauf s’ils ont déjà établi des liens étroits avec l’enfant.

Les exigences sont plus strictes quand il s’agit d’accueillir un enfant âgé de plus de 4 ans ou atteint dans sa santé, ou plusieurs enfants à la fois, ou encore si plusieurs enfants vivent déjà dans la famille.

L’adoption conjointe
L’adoption conjointe est réservée aux couples mariés. En Suisse, les couples vivant dans une communauté de vie de fait ou liés par un partenariat enregistré n’ont pas accès à l’adoption conjointe.

En Suisse, certains enfants ont déjà officiellement deux papas ou deux mamans reconnus juridiquement, car la Suisse reconnaît déjà des enfants dont la filiation a été établie à l’étranger, ou avec un parent trans* marié avant sa transition

L’adoption par une personne seule
Une personne seule peut adopter un enfant à condition d’avoir au moins 35 ans (à partir de 2018 probablement : au moins 28 ans), de n’être ni mariée ni liée par un partenariat enregistré et d’avoir au moins 16 ans de plus que l’enfant. L’adoption par une personne seule est en principe ouverte aux personnes LGBTIQ mais reste plutôt rare dans les faits. Il y a en effet plus de parents désireux d’adopter que d’enfants adoptables. De plus, les couples hétérosexuels mariés sont choisis en priorité parce que les autorités privilégient pour l’adoption d’un enfant par principe les foyers composés de deux parents légaux.

L’adoption de l’enfant du/de la conjoint.e
Probablement à partir de 2018, la possibilité d’adopter l’enfant du/de la conjoint.e sera non seulement offerte aux couples mariés mais aussi aux partenaires enregistrés et aux personnes menant de fait une vie de couple, y compris les couples de même sexe. Concrètement, la modification de la loi entrant en vigueur vraisemblablement en 2018 a pour effet de permettre à une personne d’adopter l’enfant biologique ou statutaire de son ou sa partenaire, dès lors que le deuxième parent biologique de l’enfant est inconnu, décédé ou d’accord pour céder ses droits et obligations, évidemment à la condition que l’adoption constitue le meilleur choix au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant.

L’adoption de l’enfant du/de la conjoint.e permet aux enfants élevés dans une famille arc-en-ciel de rester avec leur deuxième parent en cas de décès du parent biologique et d’éviter un placement extrafamilial. Le décès du parent légal non biologique confère en outre à ces enfants le droit de succession et le droit à percevoir une rente d’orphelin. En cas de séparation, ils peuvent par ailleurs continuer à voir leur deuxième parent légal et bénéficient également d’un droit légal à l’entretien.

Selon une enquête réalisée en 2016 par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, 24 % des personnes n’ayant pas encore d’enfant souhaitent fonder une famille au moyen de l’adoption. En revanche, seulement moins de 1 % des personnes répondantes a pu effectivement fonder une famille grâce à l’adoption en tant que célibataire en Suisse ou conjointe à l’étranger. En ce qui concerne l’adoption de l’enfant du conjoint, 44 % des personnes répondantes souhaitent déposer une demande en ce sens après l’entrée en vigueur de la loi modifiée. Pour 38 % des personnes répondantes, c’est le ou la partenaire qui déposera une demande.

Quelques conseils sur le processus d’adoption

·       Vérifier si les conditions générales et spécifiques applicables aux futurs parents adoptifs peuvent être remplies ;

·       participer à une séance d’information proposée par un service spécialisé dans l’adoption ;

·       demander un entretien-conseil personnalisé auprès d’un service spécialisé dans l’adoption ;

·       dans le cas de l’adoption de l’enfant du conjoint :

o   participer à un atelier spécifique organisé par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel (information via Facebook/newsletter) ;

o   se faire conseiller par le service spécialisé compétent ou, en cas de difficultés (pressenties), se faire conseiller par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel et éventuellement se faire accompagner par elle aux rendez-vous administratifs.

Sources :
Office fédéral de la justice. (06.2014). L’adoption en Suisse. Page consultée : https://www.bj.admin.ch/bj/fr/home/gesellschaft/adoption.html
Office fédéral de la statistique. Divers textes et documents. Page consultée : www.bfs.admin.ch
Association faîtière Familles arc-en-ciel. (2016). Enquête nationale sur les familles arc-en-ciel en Suisse.
Association faîtière Familles arc-en-ciel. (2014). Consultation sur la modification du code civil (adoption). Page consultée : www.regenbogenfamilien.ch/material/medienmitteilungen

Enfant issu d’une union hétérosexuelle antérieure

par Martina von Känel, Nuray Erler, Tobias Kuhnert et Martin della Valle

De nombreux parents LGBTIQ ont fondé leur famille avant leur coming-out. Leurs enfants sont donc issus d’une relation hétérosexuelle antérieure ou avant un coming-out trans*. Le processus du coming-out en tant que parent LGBTQ revêt certaines particularités. En cas notamment de séparation ou de divorce, ces parents craignent d’avoir des difficultés à garder l’autorité parentale ou le contact avec les enfants, ou même d’en être empêchés. Cette inquiétude a un impact important sur la façon de gérer le coming-out. Autrefois, il n’était pas rare pour les parents LGBTIQ de se voir refuser ou retirer l’autorité parentale une fois leur orientation sexuelle ou identité de genre connues. Fort heureusement, la situation s’est depuis améliorée, même si le coming-out entraîne toujours des différends avec les autorités et l’ex-partenaire.

Une séparation motivée après le coming-out d’un des parents ne signifie pas « seulement » la fin du couple mais aussi celle de la vie telle qu’on la connaissait (hétéronormative ou cisnormative), voire dans certain cas une rupture avec l’entourage. C’est le début d’une nouvelle phase durant laquelle il faut faire face à la discrimination sociale et à des structures relationnelles et définitions de rôles peu familières. Souvent, la séparation se traduit également par une perte de ressources matérielles, de privilèges sociaux et de liens

L’entourage social, les enfants, l’ex-partenaire, les proches et la famille ont également besoin de temps pour se familiariser avec la nouvelle situation. Pour un enfant qui vit ensuite surtout chez son parent LGBTIQ, l’adaptation à cette nouvelle configuration familiale sera plus complexe que pour un enfant né au sein d’un couple de même sexe ou d’une famille dont l’un des parents est trans*. Le nouveau contexte de vie suite à la séparation peut constituer un défi majeur pour l’enfant, quelle que soit la configuration familiale passée ou future. En particulier à un âge où l’enfant ou l’adolescent-e est préoccupé-e par son propre développement physique et émotionnel, le bouleversement familial peut être ressenti comme un poids supplémentaire, sans parler du fait d’avoir des parents hors norme hétéro/cis. Quand on est en train de construire son identité personnelle et de s’autonomiser, l’attitude des personnes du même âge par rapport aux formes de couples ou de vie en dehors de la norme hétéro/cis joue un rôle important. Un comportement positif et égalitaire de l’entourage social vis-à-vis des personnes LGBTIQ peut faciliter le processus d’acceptation du nouveau contexte de vie. Une attitude (ressentie comme) dévalorisante ou hostile peut par contre avoir un impact négatif sur la gestion de la situation, voire entraîner le rejet du parent récemment « sorti du placard » et/ou de son nouveau partenaire ou sa nouvelle partenaire.

Ce qui est déterminant, c’est la façon dont les différentes personnes impliquées réagissent à cette nouvelle situation de vie, quel que soit l’âge de l’enfant au moment du coming-out du parent. Tant pour les parents que pour les enfants, l’entraide et l’amour mutuel ainsi que la qualité du dialogue et des rapports au sein de la famille constituent les ressources essentielles pour relever ces défis et continuer le chemin ensemble.

Des groupes de soutien et de partage d’expériences se sont formés pour les mères aimant les femmes et les pères aimant les hommes qui ont des enfants issus d’une union hétérosexuelle. Il existe également des groupes et réseaux s’adressant aux personnes trans*. Ces groupes offrent la possibilité d’échanger avec d’autres personnes qui sont dans le même cas, de parler de la nouvelle situation et de tisser de nouveaux liens.

Les offres et rencontres proposées par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel fournissent également un lieu de conseil et d’échange aux parents qui ont fait leur coming-out tardivement.

elon une enquête réalisée en 2016 par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, les enfants sont issus d’une précédente union hétérosexuelle pour près d’un tiers (31 %) des actuelles familles arc-en-ciel en Suisse. 2 % des personnes répondantes ont déclaré que les enfants étaient issus d’une union hétérosexuelle actuelle.

Quelques conseils sur le coming-out tardif

·       dialoguer en toute transparence autour des changements transparent ;

·       laisser suffisamment de temps et d’espace pour « digérer » les changements ;

·       proposer régulièrement le dialogue ;

·       conserver les rituels ;

·       pour les parents et les enfants : entrer en contact avec des personnes partageant les mêmes expériences.

Sources :
Association faîtière Familles arc-en-ciel. (2016). Enquête nationale sur les familles arc-en-ciel en Suisse.

Jansen, E., Bruns, M., Greib, A. & Herbertz-Floßdorf, M.. (2014). Regenbogenfamilien – Alltäglich und doch anders. Beratungsführer für lesbische Mütter, schwule Väter und familienbezogene Fachkräfte (2. komplett überarbeitete Auflage). Familien- und Sozialverein des LSVD (éd.). Cologne : LSVD. Page consultée : https://www.lsvd.de/lebensformen/lsvd-familienseiten/beratungsfuehrer-regenbogenfamilien.html

Selbsthilfecenter. (n.d.). Liste des groupes, mot clé « Leski Frauenliebende Mütter » [site Internet]. Page consultée : www.selbsthilfecenter.ch/selbsthilfegruppen/

Groupes :
www.association360.ch/homoparents
www.hab.lgbt/schwule-vaeter
www.habs.ch/?page/arbeitsgruppen/schwule-vater
www.selbsthilfecenter.ch/selbsthilfegruppen/, mot clé « Leski Frauenliebende Mütter »
www.tgns.ch

Don de sperme

par Nuray Erler, Tobias Kuhnert, Martina von Känel et Martin della Valle

Pour réaliser leur projet d’enfant, les femmes/couples LBTIQ, les hommes trans* et les couples trans* peuvent recevoir un don de sperme par l’intermédiaire d’une banque de sperme à l’étranger, grâce à un don de sperme privé ou au moyen d’une relation sexuelle avec une personne. Le choix du don de sperme, que ce soit à partir d’une banque de sperme ou en privé, est un processus qui peut s’avérer long et fastidieux. Pour les couples de même sexe, il est souvent difficile de déterminer qui se fera inséminer en premier et combien d’essais seront prévus. L’incapacité de l’une des deux femmes à tomber enceinte peut conduire à des conflits ou même à la fin de la relation. Il y a aussi des femmes ou couples LBTIQ qui ne peuvent concevoir un enfant par cette méthode et qui envisagent par la suite de faire un don d’ovocytes, de fonder une famille par un autre moyen ou de renoncer au projet d’enfant.

En Suisse, l’article 28 de la loi sur le partenariat interdit aux couples de même sexe de recourir à la procréation médicalement assistée. L’accès aux banques de spermes est lui aussi réservé aux couples mariés. La réalisation d’une insémination artificielle à l’étranger n’est en revanche pas punissable.

En Suisse, l’article 28 de la loi sur le partenariat interdit aux couples de même sexe de recourir à la procréation médicalement assistée. L’accès aux banques de spermes est lui aussi réservé aux couples mariés. La réalisation d’une insémination artificielle à l’étranger n’est en revanche pas punissable.

Les femmes LBTIQ et les hommes trans* ou couples trans* souhaitant limiter au maximum l’implication du donneur de sperme[1] dans la vie familiale ou qui ne trouvent pas de donneur privé optent dans certains cas pour le recours à une banque de sperme. Pour d’autres, ce sont des raisons biologiques/médicales qui les amènent à opter pour une clinique de fertilité à l’étranger. En ce qui concerne les banques de sperme (à l’étranger), deux choix sont possibles. Dans le cas du don ouvert, ou non anonyme, l’enfant est informé de l’identité du donneur quand il atteint les 16 ou 18 ans (l’âge varie en fonction du pays). Il y a toutefois un certain risque que le donneur ne souhaite à ce moment-là plus de contact, soit introuvable ou décédé. Dans le cas du don de sperme anonyme, aucune information n’est divulguée sur le donneur. Dans le cas d’un don au profil de donneur détaillé, le donneur fournit des informations sur qui il est, sa profession, son enfance, etc., sans toutefois donner son identité, qui n’est pas accessible. Dans le cas d’un don de sperme anonyme, il n’y a ainsi aucune incertitude relative à une future prise de contact ou rencontre mais l’enfant ne peut par contre pas exercer son droit à connaître ses origines. Avant tout don de sperme, ouvert ou anonyme, pour une banque de sperme, le donneur se soumet à un examen médical.

Le don de sperme est accessible pour les femmes LGBT, les hommes et couples trans* dans les pays européens suivants : Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Grande-Bretagne et Pays-Bas.

Beaucoup de femmes et couples LBTIQ optent pour un don de sperme privé parce qu’ils souhaitent que leur enfant ait accès à ses origines biologiques dès sa naissance. Pour d’autres, la question du financement peut également jouer un rôle : les femmes et couples LGBTIQ* et les hommes trans* étant exclu.e.s de la procréation médicalement assistée en Suisse, ils/elles ont recours aux banques de sperme à l’étranger impliquant des coûts financiers importants pour le déplacement et le séjour. Un don de sperme privé peut avoir lieu au moyen d’une insémination artificielle à la maison, dite « artisanale ». En jargon médical, l’introduction de spermatozoïdes dans l’utérus ou la cavité utérine est également appelée insémination hétérologue ou insémination artificielle avec donneur. Le sperme est introduit à l’aide d’une seringue. Le donneur de sperme peut être trouvé dans l’entourage privé ou sur une plateforme en ligne (p. ex. www.familyship.org). Sur ces plateformes en ligne, il n’y a pas seulement des femmes et couples de femmes LBTIQ et homme trans* à la recherche d’un don de sperme privé pour leur enfant mais aussi des hommes GBTIQ et femmes trans* recherchant des personnes intéressées, soit également dans le but de fonder une famille (un projet de co-parentalité) soit pour proposer leur sperme. Une fois le donneur ou père potentiel trouvé, les deux personnes impliquées ont intérêt à se soumettre à un examen de santé avant de procéder à l’insémination.

Le choix du don de sperme privé pose la question du futur rôle du donneur. Il est indispensable d’en discuter en amont pour trouver un terrain d’entente ou détecter une éventuelle incompatibilité. Or, comme il n’est pas toujours possible d’en décider définitivement à l’avance, il y a un risque non négligeable de devoir faire face à l’impossibilité de respecter après la naissance de l’enfant les accords trouvés en amont, ce qui peut dans certains cas conduire à des différents insurmontables.

Fonder une famille arc-en-ciel grâce à un don de sperme privé est une démarche fondée sur la confiance et le courage d’affronter des incertitudes juridiques et sociales. En général, les femmes et couples LBTIQ renoncent à tout versement de pensions de la part du donneur de sperme qui renonce à son tour à ses droits en tant que père et donne son consentement écrit à l’adoption de l’enfant par le ou la partenaire de la femme inséminée. Ces accords peuvent être rédigés par un.e avocat.e spécialisé.e comme manifestation de volonté des parties impliquées mais ils sont aujourd’hui en général sans effet juridique en cas de litige.

[1] Evidemment, les personnes qui se définissent comme non-binaires peuvent également recourir à un don de sperme

Selon une enquête réalisée en 2017 par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, 50 % des personnes répondantes ont réalisé leur projet d’enfant grâce au recours au don de sperme (don anonyme ou non anonyme à l’étranger pour 33 %, don privé pour 17 %). 40 % en tout des personnes sans enfants ayant répondu à l’enquête envisagent de recourir au don de sperme pour réaliser leur projet d’enfant (don non anonyme pour 16 %, anonyme pour 12 %, privé pour 12 %).

Quelques conseils sur le don de sperme

Se mettre d’accord sur les caractéristiques de la future famille
Laquelle des deux femmes sera inséminée en premier, et qu’est-ce qui motive ce choix ?
Quel rôle pour le donneur?
Des accords écrits sont-ils prévus avec toutes les personnes impliquées ?

Livres recommandés :

Gerlach, Stephanie. (2010). Familles arc-en-ciel. Ein Handbuch(3e édition). Berlin : Querverlag.
Thorn, Petra & Herrmann-Green, Lisa. (2009). Die Geschichte unserer Familie. Ein Buch für lesbische Familien mit Wunschkindern durch Samenspende. Cf. famart.de

Thorn, Petra & Herrmann-Green, Lisa. (2010). Die gleichgeschlechtliche Familie mit Kindern. Interdisziplinäre Beiträge zu einer neuen Lebensform.

Films :

The Kids Are All Right (2010)
The Fosters (2013 – jusqu’à maintenant)

Sources :

Arbeitskreis Donogene Insemination. (n.d.). Divers textes et documents. Page consultée : www.donogene-insemination.de

Funcke, Dorett & Thorn, Petra (éd.). (11.2010). Die gleichgeschlechtliche Familie mit Kindern. Interdisziplinäre Beiträge zu einer neuen Lebensform. Bielefeld : transcript Verlag

Gerlach, Stephanie. (2010). Regenbogenfamilien. Ein Handbuch (3e édition). Berlin : Querverlag

Queer Baby. (n.d.). Samenspende [site Internet]. Page consultée : http://www.queer-baby.info/homosexuelle-paare-rechte/samenspende

Regenbogenfamilien NRW. Insemination [site Internet]. Page consultée : http://www.regenbogenfamilien-nrw.de/planen/insemination/

Familles d’accueil

par Tobias Kuhnert et Karin Hüberli

La possibilité d’accueillir un enfant placé mérite d’être prise en considération par les personnes LGBTIQ* désireuses de fonder une famille. En Suisse, les familles d’accueil sont recherchées. En 2014, la ville de Zurich a ciblé les couples de même sexe dans une vaste campagne publicitaire (www.stadt-zuerich.ch/sd/de/index/familien_kinder_jugendliche/pflegetageseltern.html). L’organisation Pflegekinder-Aktion Schweiz se montre elle aussi intéressée par les parents d’accueil de même sexe (www.pa-ch.ch). Certaines organisations de placement familial sont favorables à la diversité des familles d’accueil et recherchent des parents nourriciers adaptés (p. ex. www.sofa-ag.ch/pflegefamilien/sofa-pflegefamilie-werden).

Les différentes formes de placement en famille d’accueil

Il existe différentes formes de placement. Le placement de relais signifie que l’enfant est pris en charge régulièrement certains jours, parfois y compris la nuit, dans le but de décharger une famille qui fait face à des difficultés psychiques ou sociales. Le placement de relais vise à compléter les soins et l’éducation procurés par les parents lorsque ceux-ci peuvent assumer leur responsabilité en petite partie seulement (par exemple le week-end). Le placement d’urgence concerne un enfant confronté à une situation de crise qui a besoin, à courte échéance et pour une durée limitée, d’un cadre familial adapté. Parfois, cette situation mène à un placement à long terme. Dans le cas du placement permanent, l’enfant vit essentiellement dans sa famille d’accueil parce que ses parents d’origine ne sont pas en mesure, à plus ou moins long terme, d’assurer les soins et l’éducation de leur enfant, qui maintiendra en général des liens d’intensité variable avec sa famille d’origine. Souvent, la solution la plus « soft » est choisie dans un premier temps, et ce n’est que si celle-ci s’avère insuffisante dans l’intérêt de l’enfant que d’autres étapes sont envisagées (p. ex. placement de relais suivi par un placement hebdomadaire si la situation dans la famille d’origine s’est détériorée et que la famille d’accueil fait l’affaire, plus tard éventuellement un placement permanent). Dans la mesure du possible, les frères et sœurs sont placés dans la même famille d’accueil.

D’une manière générale, on peut dire que plus l’accueil est complet (p. ex. permanent), donc plus la situation est difficile dans la famille d’origine, moins il est probable que l’enfant retourne dans sa famille d’origine. En effet, un accueil durable n’est envisagé que si des solutions plus douces (telle que l’accompagnement socio-pédagogique de la famille) ont échoué. Le retour dans la famille d’origine est toutefois très rarement d’emblée exclu.

Prérequis et exigences

Le placement en famille d’accueil est accompagné et/ou ordonné par les autorités compétentes. Cet accompagnement ne garantit toutefois pas un soutien professionnel efficace. Les modalités de soutien varient fortement d’un canton et d’une commune à l’autre. De plus, il faut bien distinguer deux aspects du travail des autorités : les services de surveillance de l’accueil sont en charge de l’agrément et de la vérification des familles d’accueil. Dans le cas de la curatelle, l’accent est mis sur le mandat visant l’enfant placé.

Les exigences auxquelles doit répondre la famille d’accueil dépendent toujours des besoins de développement spécifiques de l’enfant et de son histoire personnelle. L’objectif est donc toujours de trouver la famille et les modalités d’accueil (léger, à la semaine, permanent) les mieux adaptées à l’enfant, et non pas l’inverse. Les parents nourriciers doivent être prêts à construire une relation stable avec l’enfant et à prendre en compte avec compréhension sa situation particulière. Comme dans le cas de l’adoption, les personnes souhaitant accueillir un enfant placé doivent répondre à des exigences pédagogiques importantes. Ceci est dû au fait que la quasi-totalité des enfants placés en famille d’accueil et bon nombre d’enfants adopté-e-s ont des besoins de soutien spécifiques et importants liés à leur vécu.

La qualité de parent nourricier étant soumise à un agrément, une évaluation est réalisée sur la base d’entretiens et de documents à produire (extrait du casier judiciaire, etc.). Parmi les principaux facteurs pris en compte lors de cette évaluation figurent la gestion de situations difficiles, le réseau social et la disposition à se faire accompagner et à demander de l’aide. Les ressources temporelles et les conditions de logement sont également examinées. Or, l’examen des familles d’accueil n’est pas régi par des règles uniformes en Suisse mais varie d’une région et d’une personne compétente à l’autre. Les personnes souhaitant obtenir l’agrément de famille d’accueil doivent s’adresser à la mairie de leur domicile. Celle-ci les aiguillera vers le service compétent: il s’agit en général d’un service social, d’un bureau de conseil public pour la jeunesse et les familles ou d’un service de surveillance cantonal. Le placement en famille d’accueil étant en général organisé à l’échelle communale ou régionale et très rarement à l’échelle cantonale, beaucoup de temps peut s’écouler avant de se voir confier un enfant.

Il y a la possibilité de déposer un dossier de candidature auprès d’une organisation de placement familial (OPF). Ces organisations réalisent une évaluation et enregistrent les parents nourriciers potentiels dans leurs fichiers. En cas de placement, un contrat de travail lie les parents nourriciers à l’OFP. L’agrément cantonal est néanmoins nécessaire. Suite à une demande de placement, les OPF évaluent plusieurs familles d’accueil pour déterminer celle qui convient le mieux à l’enfant et accompagnent l’accueil tout au long de sa durée. La réussite d’un placement est favorisée par un accompagnement et soutien professionnels rapprochés. Les offres d’accompagnement varient d’une OPF à l’autre ; elles comprennent en général des entretiens-conseils réguliers, une ligne d’appel pour les urgences, la coordination avec le curateur ou la curatrice, des intervisions, des formations et la mise en réseau avec d’autres familles d’accueil. Les OPF offrent notamment aussi leur soutien pour la collaboration avec les familles d’origine, ce qui est susceptible de réduire le conflit de loyauté auquel l’enfant est confronté entre sa famille d’accueil et ses parents d’origine. Un mémo élaboré par Integras (Association professionnelle pour l’éducation sociale et la pédagogie spécialisée) facilite le choix d’une organisation de placement familial adéquate (en allemand uniquement) : www.integras.ch/images/_pdf/themenmenu/sozial_sonderpaedagogik/familienplatzierungsorganisationen/2012_Merkblatt_WahlFPO_fuerPflegefamilien.pdf

La discussion avec le service de placement familial ou l’OPF permet d’aborder et de prendre en considération le contexte particulier de la famille et les possibilités dont elle dispose. C’est avantageux tant pour les parents nourriciers (l’activité professionnelle et le degré d’implication souhaité sont pris en compte selon chaque situation spécifique) que pour les enfants placés (la diversité des familles d’accueil permet de répondre à la diversité des besoins). Les motivations, attentes et craintes des parents nourriciers mais aussi des parents d’origine peuvent être abordées pour trouver des solutions transparentes. Les craintes et attentes de l’enfant seront, elles aussi, systématiquement prises en considération.

Dans leurs contacts avec le service de placement, les parents nourriciers LGBTIQ* devraient adopter une attitude confiante et partir du principe que l’éventuelle frilosité affichée par le personnel n’est pas motivée par une réticence à l’égard des personnes LGBTIQ*. Bien souvent, ces professionnel-le-s ne sont simplement pas suffisamment au courant des réalités des familles arc-en-ciel ou des personnes LGBTIQ* et manquent de ce fait de connaissances, d’où l’importance de leur fournir des informations et de créer un lien de confiance. L’Association faîtière Familles arc-en-ciel propose son aide en cas d’incertitude ou dans les situations difficiles. Les termes utilisés peuvent également avoir une importance. Ainsi, parler de « couple homosexuel », de « gay » ou de « lesbien » met l’accent sur la sexualité, un sujet qui met encore aujourd’hui beaucoup de personnes mal à l’aise. Quand les personnes LGBTIQ* intéressées par l’accueil d’un enfant placé se présentent comme des parents, elles facilitent la communication avec leur interlocuteur ou interlocutrice. Il ne peut en effet y avoir d’objection à un couple de femmes ou d’hommes souhaitant vivre avec des enfants, les éduquer et les prendre en charge.

Tous les membres d’une famille d’accueil (y compris, le cas échéant, les enfants déjà présents) doivent être d’accord pour accueillir un enfant placé. Par ailleurs, les parents nourriciers doivent être conscients du fait que l’enfant accueilli peut avoir des comportements et habitudes qui diffèrent des leurs. Ils doivent reconnaître que les enfants accueillis entretiennent des rapports avec leurs parents d’origine et sont en droit de garder le contact avec leur famille d’origine. Il importe de garder à l’esprit et de comprendre qu’il est toujours difficile d’être séparé-e de ses parents biologiques. Volonté de dialogue, tolérance et empathie au contact avec les parents d’origine de l’enfant sont également des conditions essentielles. Dans l’intérêt de l’enfant, les parents nourriciers sont en effet tenus de collaborer plus ou moins étroitement avec la famille d’origine, en fonction de la situation concrète de l’enfant.

Aspects émotionnels

Les enfants placés ont souvent vécu, durant leur petite enfance ou même avant leur naissance, des situations de stress, des carences (négligence, violence, etc.) et des relations peu stables ou des ruptures de lien. Un enfant placé qui a vécu des blessures émotionnelles ne correspondra pas forcément, par son comportement ou par ses compétences cognitives ou sociales, à l’idée que se fait de sa vie familiale une personne désireuse d’avoir un enfant. Ce décalage peut entraîner, pour l’enfant, le sentiment de ne pas être à la hauteur, et pour les parents nourriciers la déception douloureuse d’un désir d’enfant inassouvi.

Par ailleurs, dans l’intérêt de l’enfant placé, les parents nourriciers devraient adopter une attitude d’estime à l’égard des parents d’origine et leur permettre d’occuper une place dans sa vie. Si les parents nourriciers parviennent, grâce à une réflexion continue et active, à comprendre un comportement destructeur ou incompréhensible des parents d’origine et à identifier des aspects positifs dans ce comportement, ils permettent à l’enfant de trouver sa propre posture face aux particularités de ses parents d’origine. Les parents nourriciers ne remplacent pas les parents mais prennent en charge une partie de leurs tâches. En particulier face à un désir d’enfant très fort, il importe de bien réfléchir en amont à ces défis émotionnels auxquels sont confrontés les parents nourriciers et d’en peser toutes les conséquences. Le choix d’accueillir un enfant placé doit être fait en toute connaissance de cause et suppose la volonté d’acquérir les compétences supplémentaires requises.

Pour les parents d’origine, la séparation de leurs enfants est un processus douloureux, marqué par la honte et les sentiments de culpabilité. C’est une réalité dont il faut absolument tenir compte, et il est préférable, dans la mesure du possible, qu’ils soient impliqués dans le choix d’une famille d’accueil adéquate. Or, toutes les familles d’origine ne seront pas favorables à ce que leur enfant soit pris en charge par des personnes LGBTIQ*. Elles peuvent être loin de ces réalités ou manquer de connaissances en la matière. Avec l’aide de l’autorité ou de l’organisation chargée du placement de l’enfant, certaines finiront par accepter l’idée d’une famille d’accueil LGBTIQ*. D’autres y verront même des aspects positifs pour leur enfant. En tout état de cause, le placement a de meilleures chances de réussir si les parents d’origine sont d’accord avec le choix de la famille d’accueil.

Conditions juridiques

Si l’enfant adopté devient, formellement et légalement, l’enfant exclusif de ses nouveaux parents, l’enfant placé en famille d’accueil demeure, formellement et légalement, l’enfant de ses parents biologiques ou des personnes investies de l’autorité parentale. Un enfant placé a ainsi deux familles : sa nouvelle famille sociale (d’accueil) et sa famille d’origine légale. Les petites décisions du quotidien pourront toutefois être prises par les parents nourriciers qui assument dans ce cadre l’autorité parentale (art. 300 al. 1 CC). L’expérience montre toutefois qu’il est souvent judicieux pour une bonne collaboration d’impliquer les parents d’origine même dans ces cas. Des parents d’origine qui se sentent exclus d’une grande partie de la vie de leur enfant peuvent être amenés à rejeter son placement et à ne pas pouvoir donner leur consentement intérieur à sa vie dans la famille d’accueil, ce qui nuirait à la satisfaction et aux possibilités de développement de l’enfant placé.

Les décisions importantes (mesures médicales/thérapeutiques, formation, vacances à l’étranger, etc.) relèvent de la compétence des parents d’origine ; les parents nourriciers seront toutefois entendus avant toute décision de ce type (art. 300 al. 2 CC). En vertu de l’art. 275a CC, les parents nourriciers (« Le père ou la mère qui ne détient pas l’autorité parentale ») sont en droit d’obtenir tout renseignement sur l’enfant. En cas de limitation ou de retrait de l’autorité parentale, l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA) confère le pouvoir de décision à un curateur ou une curatrice ou encore à un tuteur ou une tutrice (art. 308 et 311 CC).

Les parents nourriciers ont droit à une indemnité équitable pour la prise en charge de l’enfant, la nourriture et l’hébergement. Les modalités du placement en famille d’accueil sont définies dans le cadre d’une convention ou décidées par un tribunal des affaires familiales ou par l’APEA. Les perspectives (retour à la famille d’origine ou maintien dans la famille d’accueil) et la durée du lien nourricier sont ainsi précisées de façon transparente, les objectifs (besoins de l’enfant) sont fixés et l’aide est activement planifiée, les droits et obligations ainsi que le contact avec la famille d’origine sont clarifiés.

Aucune des personnes ayant répondu à une enquête réalisée en 2016/2017 par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel n’a indiqué avoir assumé le rôle de parent nourricier. Parmi les personnes répondantes qui n’ont pas encore d’enfants, 8 % en tout seraient prêtes à accueillir un enfant placé.

Conseil de lecture :

de la Camp, Cordula. (2001). Zwei Pflegemütter für Bianca. Interviews mit lesbischen und schwulen Pflegeeltern. Hambourg : Lit Verlag

Hoffmann, M., Asquith, R. (2010). Du gehörst dazu. Das grosse Buch der Familien. Mannheim : Sauerländer.

Maxeiner, A., Kuhl, A. (2010). Alles Familie! Leipzig : Klett Kinderbuch.

Schofield, G. & Beck, M.  (2011). Guide de l’attachement en familles d’accueil et adoptives: la théorie en pratique

Eslevier Masson & Archer, C. (2007). Enfant qui a mal, enfant qui fait mal? Nourrissons-petits enfants.

De Boeck,  Archer, C.(2007). Enfant qui a mal, enfant qui fait mal? Grands enfants-adolescents.

A.S.B.L. La Porte Ouverte (2009). Témoignages des familles d’accueil : http://www.laporteouverte.eu/wa_files/premiers_20pas.pdf

Vidéo :

vidéos d’un couple d’hommes accueillant un enfant placé :

https://www.youtube.com/watch?v=DZvgO2XDLxo

Sources :

Integras. (2012). Merkblatt für Pflegefamilien. Page consultée : www.integras.ch/images/_pdf/themenmenu/sozial_sonderpaedagogik/familienplatzierungsorganisationen/2012_Merkblatt_WahlFPO_fuerPflegefamilien.pdf

Jansen, E., Bruns, M., Greib, A. & Herbertz-Floßdorf, M. (2014). Regenbogenfamilien – Alltäglich und doch anders. Beratungsführer für lesbische Mütter, schwule Väter und familienbezogene Fachkräfte (2. komplett überarbeitete Auflage). Familien- und Sozialverein des LSVD (éd.). Cologne : LSVD. Page consultée : https://www.lsvd.de/lebensformen/lsvd-familienseiten/beratungsfuehrer-regenbogenfamilien.html

Fachstelle Pflegekinder, Sozialdepartement Stadt Zürich. (05.2013). Merkblatt. Integrationsprozess in die Pflegefamilie (Wochen- und Dauerpflege). Page consultée : www.stadt-zuerich.ch/sd/de/index/familien_kinder_jugendliche/pflegetageseltern/dauerplatz.html

PACH Pflege- und Adoptivkinder Schweiz. (n.d.). Häufig gestellte Fragen [site Internet]. Page consultée : www.pa-ch.ch/fuer-pflegekinder-und-eltern/fuer-leibliche-eltern/haeufig-gestellte-fragen

Sofa – Soziale Fachdienstleistungen. (n.d.). Sofa-Pflegefamilie werden (y compris les sous-pages) [Website]. www.sofa-ag.ch/pflegefamilien/sofa-pflegefamilie-werden

Wiemann, Irmela. (2014). Adoptiv- und Pflegekindern ein Zuhause geben. Informationen und Hilfen für Familien. Cologne : Balance Ratgeber

Wiemann, Irmela. (n.d.). Divers textes et documents [site Internet]. Page consultée : www.irmelawiemann.de

Parentalité trans*

par Hannes Rudolph, Transgender Network Switzerland

Pour les personnes trans*, comme pour les personnes cis, il existe différentes manières de devenir parents. Certaines avaient déjà des enfants au moment de faire leur coming-out. D’autres fondent une famille après leur transition, avec des enfants biologiques, adoptifs ou placés chez elles, ou encore grâce à un don de sperme. L’adoption, le don de sperme, la gestation pour autrui et l’accueil d’un enfant placé étant traités séparément dans ce guide, nous nous intéressons ici à une possibilité ouverte à un petit nombre seulement de couples comprenant une personne trans*: la femme ou la personne non-binaire qui fournit le spermatozoïde et l’homme ou la personne non-binaire qui porte l’enfant.

De plus en plus de personnes trans* font le choix d’utiliser les possibilités biologiques qu’offre leur corps pour avoir des enfants biologiques. La seule condition préalable est de disposer d’un appareil génital fonctionnel. C’est plus simple pour les couples de même sexe constitués d’une personne trans* et d’une personne cis, mais aussi pour deux personnes trans*, si l’une des personnes s’est vu attribuer le sexe féminin à la naissance et l’autre, le sexe masculin et qui souhaitent devenir parents ensemble. Les personnes non-binaires peuvent évidemment elles aussi devenir des parents biologiques. Du moment que la conception de l’enfant implique une personne dotée d’un utérus et d’ovaires et une autre disposant de spermatozoïdes, leur genre n’a aucune incidence. D’un point de vue social, devenir parent peut être étrange, fatigant, anxiogène, voire démoralisant, pour une personne trans* correspondant à l’un de ces cas de figure. La plupart des gens n’ont pas l’habitude que d’autres personnes que les femmes cis puissent être enceint-e-s, ni que d’autres personnes que les hommes cis puissent fournir des spermatozoïdes. Porter un enfant est considéré comme l’apanage de la femme cis, fournir le spermatozoïde comme celui de l’homme cis. Les personnes trans* qui deviennent des parents biologiques voient de ce fait fréquemment leur identité de genre remise en question. Pourtant, il existe bien des hommes cis qui auraient voulu porter un enfant, et des femmes cis qui s’en passeraient volontiers.

Un certain nombre de stratégies ont fait leurs preuves pour réduire les questions et irritations de l’entourage ou arriver à les gérer:

Ton réseau de soutien professionnel : pour te faire accompagner dans ton ou votre projet d’enfant, recherche des personnes prêtes à accepter ton identité de genre et à te soutenir (gynécologue, sage-femme, pédiatre, etc.).
Ton réseau d’ami-e-s : informe tes ami-e-s du fait que tu vas avoir un bébé et explique-leur si nécessaire que cela ne signifie pas que tu n’es plus trans*. Fais-leur comprendre que tu as plus que jamais besoin de leur soutien en tant que papa, maman ou parent, et que ton auto-définition n’a pas changé même si certaines connotations biologiques suggèrent peut-être d’autres termes pour te désigner.
Coming-out : si ce n’est déjà fait, réalise ton coming-out pendant la grossesse ou lorsque l’enfant est encore tout petit. Si tu veux éviter d’être assimilé-e au mauvais genre à l’égard de ton enfant, tu as intérêt à préciser en amont à toutes les personnes importantes comment tu souhaites être désigné-e en tant que parent.
De l’humour : attends-toi à ce que beaucoup de personnes soient surprises face à un père enceint, à une mère fournissant son spermatozoïde pour engendrer un enfant ou à l’existence de parents non-binaires. Essaie de réagir avec humour et de prendre les gens là où ils sont.
Autorise-toi à ne pas aller bien : on peut dire ce que l’on veut, devenir ou être parent est fatigant. N’essaie pas de faire croire que tout est toujours facile. Il n’y a rien à redire si tu préfères à l’occasion ne voir personne ou ne pas sortir de chez toi. Accepte tout soutien que tu peux avoir.

Stratégies de communication

Expliquer la notion de trans* aux enfants en bas âge est un jeu d’enfant. Voici quelques suggestions pour répondre aux principales questions relatives aux parents trans*:

Ta structure familiale existe. Tu n’as pas besoin de la justifier. Les enfants ont le droit d’apprendre qu’elle existe: «Pourquoi Lara a-t-elle deux mamans?» – «Parce que c’est comme ça pour certains enfants. D’autres ont deux papas ou seulement un parent, ou encore plus de deux parents. Et ta famille à toi, elle est comment?»

Pour un papa qui a porté son enfant: «Comment deux papas peuvent-ils avoir un enfant?» – «Certains papas peuvent avoir un bébé dans le ventre. Lara était dans le ventre de l’un de ses papas, et le sperme venait de l’autre papa. Beaucoup de gens ne savent pas que ça existe.»

Pour une maman qui a engendré son enfant grâce à son propre sperme: «Comment une maman peut-elle avoir un pénis et du sperme?» – «Il existe un tout petit nombre de femmes qui naissent dans un corps qui ressemble à celui de la plupart des garçons, ce qui veut dire qu’elles ont un pénis et non un vagin.»

Pour les pères allaitants: «Pourquoi Lara boit-elle au sein de papa?» – «Certains papas produisent également du lait, dans ce cas c’est possible.» (Au lieu de parler de «lait maternel», on pourrait parler de «lait parental». Les femmes trans* (et les hommes cis!) pourraient aussi allaiter.

Si tu es non-binaire: «Tu es la maman ou le papa de Lara?» – «Ni l’un ni l’autre», ou «Lara m’appelle…».

Chaque situation est unique. Au fil du temps, vous trouverez probablement vous-mêmes les meilleures réponses. Ne pas répondre est une réaction tout aussi acceptable, notamment quand il s’agit d’adultes. «Oh, c’est une histoire longue et compliquée» peut être une réponse joker.

Le coming-out, ou «Comment le dire à mon enfant?»

Révéler le fait d’être trans* alors que l’on a déjà des enfants pose un certain nombre de défis. Pour les enfants, le coming-out d’un parent est souvent surprenant : papa vit désormais comme une femme, ou maman comme un homme, ou bien l’un des parents révèle être non-binaire. Les réactions des enfants à un coming-out sont très diverses. Pour les enfants en bas âge c’est souvent moins problématique que pour les ados. Mais quel que soit leur âge, les enfants auront des questions qui méritent une réponse honnête et adaptée à leur âge. Et ils auront besoin d’avoir l’assurance qu’ils ne perdront pas ce parent. Certaines personnes trans* se demandent si elles ne feraient pas mieux, dans l’intérêt de leurs enfants, de renoncer à leur coming-out ou à leur transition. Ce n’est pas forcément une bonne idée. Les enfants le remarquent si leurs parents ne sont pas heureux et donc aussi si l’un d’eux est obligé d’assumer un rôle de genre qui n’est pas le sien. Faire comprendre aux enfants que la diversité fait partie de la vie et qu’il vaut toujours mieux être authentique, c’est enrichir leur vie et leur donner de la force. L’expérience montre que l’information active, notamment à l’école ou au club de sport, aide à éviter que les enfants ne deviennent la cible de commérages, voire de harcèlement. Pour les parents, c’est tout de même difficile de choisir une ligne de conduite. Le soutien d’autres parents trans* ou d’un-e professionnel-le peut s’avérer utile.

Conseil de lecture:
Schmitz, K. & Schmitz, C. (2013). Wie Lotta geboren wurde. Darmstadt, Atelier 9 3/4.

Don d’ovocytes

par Nuray Erler, Tobias Kuhnert, Martina von Känel et Martin della Valle

La législation en vigueur interdit le don d’ovocytes en Suisse (art. 4 de la loi sur la procréation médicalement assistée, LPMA). La Commission nationale d’éthique (CNE) est toutefois d’avis que l’interdiction du don d’ovocytes est discriminatoire au regard du don de sperme et se fonde sur une justification naturaliste plus que discutable. Comme la loi n’exige pas de lien génétique pour les pères (dans un couple marié, l’homme devient le père juridique pour la seule raison qu’il est l’époux de la mère), on ne voit pas pourquoi il devrait être exigé pour les mères (prise de position CNE 22/2013, p. 42). Le don d’ovocytes étant interdit en Suisse, de nombreux couples (majoritairement de sexe opposé) se tournent vers l’étranger pour réaliser leur projet d’enfant. Si le recours à ce type de don à l’étranger en contournement de l’interdiction suisse n’expose pas à des sanctions pénales, il est néanmoins recommandé de se renseigner au préalable sur les risques de la procédure ainsi que sur les aspects financiers et juridiques.

Dans le cas du don d’ovocyte, un ovocyte prélevé sur une première personne est fécondé par le sperme d’un donneur, et l’embryon qui en résulte est transféré dans l’utérus d’une autre femme. Les cycles menstruels des deux femmes doivent concorder pour pouvoir réaliser le don d’ovocyte.

L’ovocyte contient l’information génétique de la personne sur laquelle il est prélevé, comme le sperme contient celle du donneur. Durant la grossesse, l’embryon reçoit d’importants nutriments de la femme/mère qui le porte, ce qui est essentiel pour son développement et son système immunitaire.

L’infertilité pouvant également toucher les femmes LBIQ et les hommes trans*, le don d’ovocytes est une option possible pour fonder une famille. Certaines femmes LBIQ et hommes trans* portent un enfant grâce au don d’ovocyte de leur partenaire, du don d’un homme trans* ou d’une donneuse. Avant d’opter pour le don d’ovocyte, il est important de se renseigner en détail sur les processus médicaux.

Dans la plupart des cliniques, les donneuses d’ovocytes passent un examen médical, portant aussi bien sur les aspects psychologiques que physiologiques. Tant la donneuse d’ovocyte que la receveuse devront s’informer sur les risques médicaux encourus. Avant le prélèvement des ovocytes, la donneuse suit un traitement hormonal, à savoir une stimulation des ovaires induisant la production d’ovocytes. La receveuse suit elle aussi un traitement hormonal pour préparer la muqueuse utérine à recevoir l’embryon.

Autant pour la personne donneuse que pour la personne receveuse, les effets des traitements hormonaux ne doivent pas être sous-estimés, sur le plan physique comme psychique. Le don d’ovocytes est réalisé grâce à une intervention chirurgicale ; il en est de même pour l’implantation de l’ovocyte fécondé. Le transfert de plusieurs ovocytes fécondés peut donner lieu à une grossesse multiple qui est plus risquée pour le parent qui porte l’enfant comme pour les bébés, et ce aussi bien durant la gestation qu’au moment de l’accouchement. Dans de nombreux pays, la loi limite le nombre d’embryons pouvant être implantés.

La possibilité du don d’ovocytes existe en Belgique, en Hollande, en France, en Grande-Bretagne, en Espagne et aux États-Unis.

Aucune des personnes ayant répondu à l’enquête de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel n’a indiqué avoir eu recours à un don d’ovocytes, ou prévoit d’y avoir recours.

Quelques conseils sur le don d’ovocytes

·       Demander à l’institut/hôpital sélectionné des informations détaillées sur les processus médicaux ainsi que sur les avantages et inconvénients ;

·       demander des renseignements sur la donneuse d’ovocytes ;

·       prendre en compte l’état de santé physique et psychique et réaliser les examens médicaux nécessaires ;

·       il est avantageux de connaître la langue du pays dans lequel le don d’ovocytes sera réalisé.

Livres recommandés :

Funcke, Dorett & Thorn, Petra (éd.). (11.2010). Die gleichgeschlechtliche Familie mit Kindern. Interdisziplinäre Beiträge zu einer neuen Lebensform. Bielefeld : transcript Verlag

Sources :

Büchl, Christine. (2011). Eizellspende: Überblick Europa [site Internet]. Page consultée : www.eizellspende.com.de/laender/Ueberblick-Europa.htm

Familienplanung.de. (24.03.2014). Die Eizellenspende [site Internet]. Page consultée : www.familienplanung.de/kinderwunsch/behandlung-im-ausland/eizellspende

Hochl, Karin. (2014). Faktenblatt. Fortpflanzungsmedizin in der Schweiz. Page consultée : www.regenbogenfamilien.ch/fakten

Thorn, Petra. (2008). Expertise. Reproduktives Reisen. Francfort sur le Main : pro familia. Page consultée : www.profamilia.de/fileadmin/publikationen/Fachpublikationen/expertise_reproduktives_reisen.pdf

Gestation pour autrui

par Tobias Kuhnert, Nuray Erler, Martina von Känel et Martin della Valle

« La maternité de substitution est une relation complexe, à multiples facettes. En particulier du point de vue émotionnel, elle représente pour toutes les personnes impliquées un projet extrêmement ambitieux. L’interdire totalement ne rend pas justice à cette complexité. Porter un jugement moral sur le comportement des parents d’intention et des mères de substitution est prétentieux. Il apparaît en revanche nécessaire de réfléchir à un consensus social. »

Andrea Büchler et Barbara Bleisch, NZZ, 10.04.2014

La notion de « maternité de substitution » (ou gestation pour autrui) fait référence à une femme cisgenre ou un homme trans* qui porte un enfant conçu au moyen d’une méthode de procréation médicalement assistée et le remet à des tiers après l’accouchement. Parmi les parents LGBTIQ, la maternité de substitution est un sujet qui intéresse probablement surtout les pères GB et/ou les parents trans* ou intersexués limités dans leur capacité reproductive, sujet certes complexe qui soulève des interrogations.

La maternité de substitution peut impliquer un grand nombre de personnes : d’une part la mère porteuse et éventuellement une donneuse d’ovocytes qui peut être, mais n’est pas nécessairement, un des parents d’intention (p. ex. à cause d’infertilité ou parce que l’un des parents souhaite devenir parent sans passer par une grossesse). Et d’autre part les pères d’intention / les parents d’intention qui peuvent être, mais ne sont pas nécessairement le donneur de sperme. Le grand nombre de personnes impliquées fait de la maternité de substitution un processus long et compliqué à organiser, et en même temps coûteux et complexe du point de vue administratif (accords juridiques/contractuels, litiges éventuels).

Cadre réglementaire en Suisse

La législation en vigueur interdit la maternité de substitution en Suisse (art. 119, al. 2, lettre d, Cst, art. 4 LPMA), mais seule la médiation et la réalisation donnent lieu à des poursuites pénales ; les parents d’intention et la mère de substitution ne sont pas poursuivis. Certains pays autorisent la maternité de substitution mais le cadre législatif, le coût et la protection des mères porteuses varient fortement d’un État à l’autre. Or, force est de constater que de plus en plus de couples de Suisse (principalement de sexe opposé) ont recours à la maternité de substitution à l’étranger pour réaliser leur projet d’enfant.

Il convient toutefois de traiter séparément de l’interdiction de la maternité de substitution la question de la reconnaissance en Suisse d’une filiation établie à l’étranger grâce au recours à la maternité de substitution. Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme comme du Tribunal fédéral (ATF 141 III 312), la filiation doit au moins être reconnue à l’égard du parent biologique. Pour un couple gay, cela peut signifier, si l’un des partenaires était le donneur de sperme, que l’acte de naissance établi à l’étranger est reconnu à son égard. La jurisprudence récente refuse en revanche de reconnaître le deuxième père, non génétique. Ce deuxième père doit, dans un deuxième temps, adopter l’enfant (adoption de l’enfant du/de la conjoint.e, probablement possible à partir de 2018). Jusqu’à cette adoption, il n’y a pas de deuxième parent. La mère de substitution n’est pas non plus inscrite au registre de l’état civil suisse en tant que parent légal dès lors qu’elle a signé une déclaration de renonciation en bonne et due forme.

Points critiques

En raison du respect des droits humains, l’Association faîtière Familles arc-en-ciel recommande aux personnes envisageant le recours à la maternité de substitution pour réaliser leur projet d’enfant de réfléchir notamment aux questions suivantes, et propose de les aider dans cette réflexion.

L’agence et/ou la clinique choisies proposent-elles des conseils neutres et du soutien à destination des parents d’intention et des mères de substitution ?
La mère de substitution a-t-elle la possibilité, suite aux informations neutres reçues, de prendre sa décision et de signer une déclaration de consentement (consentement éclairé) ?
Quelles conditions la mère de substitution doit-elle remplir ? À quels examens médicaux, psychologiques ou autres la mère de substitution doit-elle se soumettre ? Quelles consignes de comportement devra-t-elle respecter durant la grossesse et dans quelle mesure ces consignes affectent-elles la maîtrise de ses choix de vie ?
Les dépenses de santé engagées par la mère de substitution sont-elles prises en charge même en cas de fausse couche ou d’avortement, les parents d’intention assumant ainsi la responsabilité de leur projet d’enfant ?
Le droit de la mère de substitution à décider librement d’interrompre sa grossesse, de la mener à terme, de céder ou non l’enfant après l’accouchement est-il reconnu ?
Le droit de la mère de substitution à décider librement des examens prénataux à réaliser (par exemple pour détecter un éventuel handicap de l’enfant) est-il reconnu ?
Comment est envisagée la possibilité d’avoir un enfant porteur d’un handicap ?
La mère de substitution reçoit-elle des sommes d’argent, en particulier avant la naissance de l’enfant, allant au-delà de la couverture des frais liés à la maternité de substitution et qui encourageraient ainsi la commercialisation de cette dernière, l’exploitation des mères de substitution en situation économique précaire et la traite des enfants (notamment dans les pays à la pratique libérale/laxiste) ?
Comment est envisagé le droit de l’enfant à connaître ses origines ? Essaie-t-on d’empêcher l’inscription sur un document officiel (acte de naissance, décision de justice…) du nom de la mère de substitution, du donneur de sperme ou de la donneuse d’ovocytes, ou bien la conception de l’enfant est-elle traitée de manière transparente ?
Comment réagir aux préjugés toujours présents dans la société suisse à l’égard de cette pratique de conception de l’enfant ?

Selon une enquête réalisée en 2016 par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel, 3 % des familles interrogées ont vu le jour grâce au recours à la maternité de substitution. Parmi les personnes n’ayant pas encore d’enfant, 8 % souhaitent recourir à la maternité de substitution pour réaliser leur projet d’enfant.

Sources :

Bertschi, Nora & König, Anika. (03.2016). Leihmutterschaft. gewünscht, geliehen, gekauft, geschenkt. Lucerne : SKF Schweizerischer Katholischer Frauenbund. Page consultée : http://www.frauenbund.ch/fileadmin/user_upload/Files/PDF/Positionspapiere/Leihmutterschaft_SKF.pdf

Büchler, Andrea & Bleisch, Barbara. Neue Zürcher Zeitung. (10.04.2014). Gastkommentar zur Leihmutterschaft. Ein respektables Unterfangen?. Page consultée : https://www.nzz.ch/ein-respektables-unterfangen-1.18281110

Conseil fédéral. (29.11.2013). Rapport sur la maternité de substitution. Page consultée : https://www.bj.admin.ch/dam/data/bj/aktuell/news/2013/2013-11-29/ber-br-f.pdf

Gerber, Paula. (15.07.2015). A Human Rights Response to Commercial Surrogacy [vidéo]. Page consultée: https://www.youtube.com/watch?v=llVRHwZICr0&feature=youtu.be

Nationale Ethikkommission im Bereich Humanmedizin. (11.2013). La procréation médicalement assistée. Considérations éthiques et propositions pour l’avenir [PDF]. Page consultée : http://www.nek-cne.ch/fileadmin/nek-cne-dateien/Themen/Stellungnahmen/fr/NEK_Fortpflanzungsmedizin_Fr.pdf

Schweizerisches Kompetenzzentrum für Menschenrechte. (2015). Leihmutterschaft aus menschenrechtlicher Sicht [site Internet]. Page consultée : http://www.skmr.ch/de/themenbereiche/geschlechterpolitik/artikel/leihmutterschaft.html?zur=91

Références recommandées :

Gross, Martine. (2012). Choisir la paternité gay. Editions Erès.
Gratton, Emmanuel. (2008). L’homoparentalité au masculin. Le désir d’enfant contre l’ordre social. Paris, Presses universitaires de France, coll. «Partage du savoir».
Rossi Marcelli, Claudio. (2013). Hello Daddy ! L’histoire heureuse de deux hommes et deux couffins. Editions Slatkine

La vie en tant que famille arc-en-ciel

Famille | famille élargie | entourage social

par Nuray Erler, Tobias Kuhnert, Martina von Känel, Eva Kaderli et Martin della Valle

Le droit suisse ne prévoit à ce jour aucune protection juridique pour les familles arc-en-ciel, et ce malgré le fait qu’il en existe déjà des formes très diverses. Des éléments biologiques mais aussi sociaux constituent les pierres angulaires d’une famille. La diversité des structures familiales ne connaît pas de limites dans notre société actuelle: pères gays ayant des enfants dans le cadre d’une famille d’accueil, grâce à l’adoption ou au recours à la maternité de substitution ; couple lesbien ou personnes trans* ayant des enfants issus d’une relation précédente ou nés au sein du couple ; configurations à quatre comprenant un couple lesbien et un couple gay ayant des enfants ensemble et vivant la parentalité à quatre ; pères gays ou mères lesbiennes élevant seul-e-s leurs enfants ou constituant une famille nucléaire avec un ou plusieurs enfants.

Ayant peu ou pas de modèles à suivre ou de repères, les familles arc-en-ciel disposent d’un vaste éventail de possibilités pour créer leur forme ou structure familiale. Les parents étant la plupart du temps de même sexe, aucun rôle de genre ne leur est en général attribué par leur partenaire ou par les enfants, ce qui peut se traduire par une grande liberté. Dans le cadre des préparations et de la planification liées au projet de créer une famille arc-en-ciel, de nombreux aspects sont examinés et soupesés avec soin. Un couple lesbien se posera notamment les questions suivantes: Qui sera la mère biologique? Aura-t-on recours à une banque de sperme ou à un donneur privé de l’entourage? Si oui, quel sera son rôle auprès de l’enfant? Aura-t-on recours à un projet de coparentalité avec un homme GBTQ*, un couple d’hommes ou personnes trans*?

Les hommes GBTQ* se poseront eux aussi ce genre de questions: quelles possibilités y a-t-il pour fonder une famille? Avoir un enfant biologique avec une femme LBTQ* ou hétéro? Accueillir un enfant placé, adopter un enfant ou recourir à une mère porteuse?

La réflexion concerne aussi l’avenir proche: comment les choses fonctionneront-elles à l’avenir, sera-t-on seul-e ou en couple? Qu’en est-il du partage des tâches? Un des parents assumera-t-il le rôle de soutien de famille tandis que l’autre prendra en charge l’enfant ou les enfants et restera à la maison? La prise en charge des enfants sera-t-elle partagée, les parents exerçant un travail rémunéré? Si les parents ont une activité professionnelle, la question de la garde d’enfant extra-familiale se posera sans doute. Les personnes ou couples LGBTQ* ne devenant que très rarement parents par hasard, il est légitime et important de clarifier ces questions en amont, avant de fonder une famille.

Le projet de fonder une famille arc-en-ciel demande généralement beaucoup de temps. Une fois déterminé qui portera le premier enfant ou deviendra son parent biologique et la méthode choisie, se pose la question du bon moment. Or, malgré toutes les réflexions menées, il n’y a pas vraiment de « bon » moment pour la conception d’un enfant: en fin de compte, c’est soit le rythme biologique soit l’intuition qui détermine le moment où l’on se jette à l’eau.

La grossesse est un bouleversement dans la vie d’une personne, et elle touche aussi l’entourage proche. Différents choix sont possibles pour l’accompagnement durant la grosse et la préparation à l’accouchement. Certaines personnes optent pour un accouchement à la maison en présence d’une sage-femme de confiance, d’autres pour une maison de naissance ou encore pour l’hôpital. Certains hôpitaux emploient des sages-femmes pour suivre la grossesse, l’accouchement et le post-partum immédiat. Un entretien prénatal ou une visite de l’hôpital peuvent aider à calmer les nerfs, à se sentir en sécurité et à prendre confiance. Ce sera aussi l’occasion de déterminer qui assistera à l’accouchement et qui n’y assistera pas. Certaines femmes/couples LBTQ* accouchent /ou mènent leur projet de famille à l’étranger pour permettre une reconnaissance des deux parents dès la naissance.

Après l’accouchement, toutes les personnes impliquées vont vivre une période très intense et importante. Le nourrisson et les parents, mais également la personne qui a accouché, ont besoin d’attentions et de calme. Les premières journées et semaines sont très importantes pour le rapport parents/bébé mais c’est aussi une période d’attachement primordiale pour le bébé car c’est là qu’il développe la confiance profonde d’être entre de bonnes mains. Au début, les jeunes parents ont besoin de beaucoup de temps et de calme avec leur bébé pour qu’ils puissent faire connaissance. Il vaut mieux bien répartir les visites et même s’isoler de temps en temps. Des inquiétudes peuvent naître au sein du couple si, par exemple, le parent biologique passe au début plus de temps avec le nourrisson ou l’allaite. Or, cette situation est souvent liée au cadre réglementaire ou à des conceptions normatives ou attentes sociétales, et elle exige de la part des parents une grande franchise, une volonté de dialoguer et une réflexion personnelle pour identifier et exprimer leurs propres besoins et souhaits, indépendamment de ce contexte.

Le quotidien avec un enfant pose des défis divers et variés, tels que l’organisation, la prise en charge et la répartition des tâches au sein de la famille. L’un des parents travaille à l’extérieur, l’autre reste peut-être à la maison. Cette répartition des tâches est plutôt rare chez les familles arc-en-ciel, selon des études réalisées en Allemagne. Dans les familles à deux parents, ces derniers exercent en général un travail rémunéré à temps réduit et se partagent la garde de l’enfant, ou ils font appel à un mode de garde extra-familial. La famille pluriparentale implique la participation de plusieurs adultes qui ont des rôles parentaux, ce qui peut faciliter l’organisation de la garde de l’enfant et la répartition des tâches. Le choix parmi les nombreux modes de garde disponibles pour les enfants – assistant.e parental.e, crèche, jardin d’enfants – doit être mûrement réfléchi. Dans tous ces espaces publics, les familles arc-en-ciel rencontrent majoritairement des personnes hétérosexuelles, et chaque première rencontre implique un coming-out. La curiosité vis-à-vis des familles arc-en-ciel est grande, surtout en ce qui concerne la manière dont la famille a été fondée. C’est évidemment à chacun et à chacune de décider dans quelle mesure il ou elle évoque sa structure familiale. Certaines personnes sont très ouvertes par rapport aux familles arc-en-ciel, d’autres n’y connaissent rien et peuvent être sensibilisées.

La première phase de la vie d’un enfant peut aussi représenter un défi de taille pour la relation du couple. Confier l’enfant pendant quelques heures à des proches peut être d’une grande aide.

L’arrivée d’un enfant, et donc la naissance d’une famille, est aussi dans certains cas l’occasion de se rapprocher de sa famille d’origine, un enfant en bas âge pouvant apporter beaucoup de joie et aider à relativiser les conflits. Dans la mesure où ils habitent à proximité et respectent et acceptent le mode de vie des parents, les grands-parents peuvent être de bons relais quand le couple souhaite aller au cinéma ou manger au restaurant. Comme l’entourage social joue un rôle important, il est préférable de le façonner de telle sorte qu’il soit favorable aux familles arc-en-ciel et de l’éduquer en ce sens. L’échange avec d’autres familles arc-en-ciel peut être très important pour les enfants comme pour les parents. Les enfants sont ainsi en outre soutenus dans leurs processus intrapsychiques, et leur confiance en soi et leur identité comme enfant d’une famille arc-en-ciel seront renforcées dans un tel contexte.

Conseils de lecture:
•    Greenbaum, Mona. (2017). Familles LGBT: le guide.
•    Gross, Martine. (2005). Fonder une famille homoparentale.
•    Différents livres sur le site de la Coalition des Familles LGBT (Québec): http://www.familleslgbt.org/books.php?lang=fr
•    Gerlach, Stephanie. (2010). Regenbogenfamilien. Ein Handbuch (3. Auflage). Berlin: Querverlag.
•    Thorn, Petra & Herrmann-Green, Lisa. (2010). Die gleichgeschlechtliche Familie mit Kindern. Interdisziplinäre Beiträge zu einer neuen Lebensform.

Films:
•    Women Love Women (2000)
•    Rara (2016)
•    Gayby baby (2015)
•    52 Tuesdays (2013)
•    Différentes vidéos et films sur le site de la Coalition des Familles LGBT (Québec): http://www.familleslgbt.org/videos.php?lang=fr

Sources:
Jansen, E., Bruns, M., Greib, A. & Herbertz-Floßdorf, M.. (2014). Regenbogenfamilien – Alltäglich und doch anders. Beratungsführer für lesbische Mütter, schwule Väter und familienbezogene Fachkräfte (2. komplett überarbeitete Auflage). Familien- und Sozialverein des LSVD (éd.). Cologne: LSVD. Page consultée: https://www.lsvd.de/lebensformen/lsvd-familienseiten/beratungsfuehrer-regenbogenfamilien.html
Gerlach, Stephanie. (2010). Regenbogenfamilien. Ein Handbuch (3. Auflage). Berlin: Querverlag
Funcke, Dorett & Thorn, Petra (éd.). Die gleichgeschlechtliche Familie mit Kindern, Interdisziplinäre Beiträge zu einer neuen Lebensform. Bielefeld: transcript Verlag

L’école

par Tobias Kuhnert

Les défis intrafamiliaux qui se posent aux familles arc-en-ciel sont une chose. L’entrée de l’enfant à l’école primaire en est une autre, car c’est au plus tard à ce moment que chaque famille dont au moins l’un des parents s’identifie comme LGBTIQ* doit réfléchir à l’attitude à adopter: que dire, à qui, et comment? Et comment gérer les réactions, surtout à l’égard de l’enfant?

La plupart des enfants d’une famille arc-en-ciel sont conscient-e-s de leur forme familiale un peu particulière et savent que celle-ci ne correspond pas à la norme sociale. Aussi n’est-il pas rare pour ces enfants de faire preuve d’une démarche délibérée en ce qui concerne le partage d’informations sur leur famille. Ils réfléchissent à ce qu’ils vont révéler sur leur famille: que dire, à qui, et quand? Par crainte de stigmatisation, il leur arrive de dissimuler certains aspects de leur identité familiale. Il en est de même pour les parents.

L’utilisation du terme stigmatisation se réfère ci-après aux réactions négatives à l’égard de la forme familiale des familles arc-en-ciel. La plupart de ces stigmatisations ont lieu à l’école, essentiellement par d’autres enfants mais aussi par des adultes (enseignant-e-s et personnel de l’école, autres parents). Selon plusieurs études, un peu moins de la moitié des enfants et adolescents de familles arc-en-ciel rapportent avoir vécu des stigmatisations en raison de leur forme familiale.

Cette stigmatisation peut prendre des formes très diverses:

  • questions gênantes et répétées sur la forme familiale ou sur sa conception;
  • remise en cause de la forme familiale, de sa genèse et du rapport avec le parent non biologique;
  • propos ouvertement anti-LGBTIQ*;
  • insultes, injures;
  • moqueries ou remarques déplaisantes;
  • impasse totale sur les formes familiales autres que hétéronormatives ou cisnormatives, notamment dans l’enseignement scolaire;
  • les besoins et défis spécifiques aux familles arc-en-ciel ne sont pas pris au sérieux ou sont ignorés par le personnel enseignant;
  • à l’école, les enseignant-e-s refusent d’intégrer la notion de famille arc-en-ciel, ce qui se reflète dans les désignations utilisées («maman et papa») et dans leur attitude (le deuxième parent est appelé «personne accompagnatrice» et n’est pas salué; le cadeau est destiné à la fête Maman et pas à la fête Mamans, ou un seul cadeau est préparé pour une famille avec deux mères);
  • les enseingant-e-s restent indifférent-e-s par rapport aux moqueries et propos anti-LGBTIQ* (p. ex. «sale pédé») et n’interviennent pas;
  • les formulaires et courriers de l’école sont conçus de manière hétéronormative et cisnormative.

L’expérience montre que la crainte de la stigmatisation directe est souvent plus grande que l’ampleur réelle de ces expériences. Or, la crainte de réactions négatives dans l’entourage suffit à favoriser une tendance à cacher ou dissimuler sa configuration familiale. Mais les réactions réellement négatives d’autres élèves peuvent aussi pousser les enfants ayant des parents LGBTIQ* à adopter une attitude plus distante à l’égard de leurs parents et de leur forme familiale et à être plus réticents à évoquer cet aspect de leur vie. Et puis, chaque expérience de stigmatisation en est une de trop, en particulier dans une sphère de la vie aussi cruciale que celle de la famille.

Les enfants en bas âge parlent en général plus ouvertement de leur situation familiale et font moins souvent l’expérience d’une stigmatisation que les enfants plus grands et notamment que les adolescent-e-s. Ceci pourrait être dû au fait que les enfants apprennent, en grandissant, à discerner les différences et à les jauger : les enfants en bas âge sont moins influencé-e-s par les normes sociales et plus ouverts à la différence, alors que la période de la fin de l’enfance et du début de l’adolescence (puberté) est davantage marquée par le rapport aux normes et le besoin de se démarquer des parents. C’est peut-être justement parce que la puberté, caractérisée par le désir de s’affirmer, la formation de groupes (groupes de pair-e-s) et le développement sexuel, a lieu pendant l’adolescence que les expériences de stigmatisation sont plus fréquentes durant cette période.

Comment faire face à la stigmatisation à l’école

Les conseils qui suivent ne sont en aucun cas les points d’une check-list à cocher une fois pour toutes. Les familles arc-en-ciel doivent au contraire s’attendre à devoir intervenir régulièrement pour exiger le respect. De plus, certains conseils sont à moduler en fonction des personnalités et de la situation concrète.

  • Faites-vous connaître et présentez votre configuration familiale aux enseignant-e-s et à un entourage plus vaste (voisinage, parents des autres élèves).
  • Lors de ce premier contact, vous pouvez remettre aux enseignant-e-s la brochure d’information éditée par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel.
  • Montrez que vous recherchez le dialogue. Vous n’êtes pas pour autant obligé-e-s de tout dire à tout le monde: c’est à vous, en tant que famille, de décider de ce que vous voulez partager.Ne vous contentez pas d’une réaction «neutre» ou de l’absence de toute réaction de la part de l’enseignant-e: dans une société hétéronormative et cisnormative, la neutralité ne suffit pas. Évoquez au contraire les difficultés que vous anticipez ou craignez, par exemple la moquerie ou des processus discriminatoires à l’école. Évoquez avec votre enfant et les enseignant-e-s les stratégies à adopter et les solutions possibles. Votre enfant est en droit de se sentir protégé et que sa configuration familiale soit prise en compte à l’école.
  • Ayez une image positive de vous en tant que famille : parlez ouvertement à votre enfant de votre configuration familiale. Un enfant qui perçoit sa famille comme aussi bien et aussi précieuse que les autres familles aura une meilleure estime de soi; les livres et votre propre discours sur votre famille pourront ici jouer un rôle.
  • Offrez la possibilité à votre enfant de côtoyer les enfants d’autres familles arc-en-ciel et d’autres personnes bienveillantes.
  • Évoquez avec votre enfant les expériences de stigmatisation que vous craignez ainsi que les stratégies possibles pour y faire face. L’ouverture au dialogue et une atmosphère positive à la maison peuvent encourager l’enfant à vous parler de toute expérience de stigmatisation vécue pour trouver soutien et réconfort.
  • Où l’enfant peut-il obtenir de l’aide quand vous n’êtes pas disponibles? Les ami-e-s et toute personne acceptant sans réserve l’enfant et sa configuration familiale peuvent endosser un rôle protecteur ou de soutien en cas de moquerie.
  • Si vous rencontrez malgré tout des problèmes ou recherchez simplement du soutien, contactez un service de conseil ou l’Association faîtière Familles arc-en-ciel.

Face à un cas concret de stigmatisation

  • Approchez calmement les enfants, enseignant-e-s ou parents ayant montré une attitude stigmatisante.
  • Expliquez-leur gentiment votre configuration familiale.
  • Exprimez vos attentes.

Le rôle de l’école

Vous pouvez exiger de l’école:

  • D’aborder en classe les modes de vie et formes familiales LGBTIQ*. Recommandez aux enseignant-e-s des projets d’intervention à l’école tels que la Fédération genevoise des associations LGBT (Genève – auprès des élèves ou des enseignant-e-s) VoGay (Vaud – auprès des élèves sur les questions d’orientation sexuelle) et l’Association faîtière Familles arc-en-ciel (Suisse romande).
  • Si vous le souhaitez, vous pouvez proposer d’intervenir vous-même à l’école pour parler de votre famille (attention: uniquement si votre enfant adhère totalement à cette démarche!).
  • Une intervention rigoureuse et immédiate des enseignant-e-s en cas de moquerie.
  • Les enseignant-e-s doivent se renseigner auprès de vous pour savoir quelle attitude adopter par rapport à votre forme familiale (quel niveau de discrétion ou de franchise) et par rapport aux désignations souhaitées (p. ex. papa A et papa B ou maman A et maman B). Les enseignant-e-s ne doivent pas passer sous silence le fait que les familles arc-en-ciel ne sont pas (encore) acceptées partout mais sont confrontées à des défis et difficultés spécifiques. Cela implique aussi de prêter attention aux expériences de stigmatisation.
  • L’école et les enseignant-e-s doivent mener une réflexion sur le langage, les structures et l’école en tant qu’administration et institution (p. ex. formulaires) propres à renforcer les stéréotypes de genre et à privilégier les formes familiales héteronormatives/cisnormatives et apporter les modifications nécessaires. Recommandez une formation spécifique au personnel enseignant et non-enseignant de l’école, par exemple via l’Association faîtière Familles arc-en-ciel.

Le monde médical

par Sarah Musio

Le contact avec le monde médical est, pour beaucoup de personnes, une source de nervosité, de doute et de peur. Un facteur d’incertitude s’y ajoute pour les familles arc-en-ciel qui ne savent pas si elles sont perçues et reconnues comme une famille. Par crainte du rejet et de la stigmatisation, certaines vont réfléchir à deux fois avant de se présenter comme une famille. Or il faut savoir que la plupart des institutions se montrent en principe ouvertes aux familles arc-en-ciel.

En parlant ouvertement de leur configuration familiale, les familles sensibilisent les professionnel-le-s de la santé à la thématique. Cette approche offre la possibilité de déconstruire les préjugés et d’ouvrir des horizons. Les professionnel-le-s sont pour la plupart ouvert-e-s et désireux/ses d’en apprendre davantage sur les familles arc-en-ciel.

La grossesse

Les familles arc-en-ciel sont confrontées à de nombreuses questions bien avant la grossesse, par exemple sur la manière dont la grossesse aura lieu. Le contact avec le milieu médical pendant la grossesse peut aussi donner lieu à des questions, du côté de la famille arc-en-ciel comme du côté des professionnel-le-s. La famille a tout intérêt à communiquer en amont sur sa configuration familiale pour assurer la transparence nécessaire. Nul besoin de répondre à des questions gênantes ou déplacées sur le comment de la grossesse. C’est à chaque famille de décider de ce qu’elle souhaite ou non révéler. Pour se préparer à l’accouchement, les familles peuvent visiter divers maternités/hôpitaux et maisons de naissance. Ce qui compte, c’est de trouver un lieu où la famille se sent bien et où sa configuration est totalement acceptée.

Le/La pédiatre

Tôt ou tard, toute famille est confrontée à un/une pédiatre. Évoquer ouvertement la configuration familiale facilite la communication entre les professionnel-le-s de la santé et les membres de la famille. Pour ces professionnel-le-s, il est très important de savoir qui sont les parents. D’une manière générale, seul le parent légalement reconnu a le droit d’obtenir des renseignements ou de prendre des décisions concernant le traitement de l’enfant. Pour permettre une implication du parent non-statutaire (non reconnu par la loi), il est important de montrer de l’assurance en se présentant comme famille. Les éventuelles procurations données par le parent légal à l’autre parent peuvent ici s’avérer utiles. L’adoption de l’enfant du ou de la partenaire facilite les choses pour le parent non biologique qui bénéficie alors aux yeux de la loi des mêmes droits que l’autre parent.

Une consultation médicale peut être source d’angoisse. La présence des personnes qui lui sont les plus proches est donc très importante pour l’enfant. Rencontrer une famille arc-en-ciel est intéressant pour beaucoup de gens qui, pour la plupart, ne connaissent pas ou très peu cette forme familiale. Quand il s’agit de professionnel-le-s de la santé, la rencontre peut aussi être l’occasion d’évoquer les défis qui y sont liés.

L’hôpital

L’hospitalisation d’un membre de la famille est en soi déjà une source de stress. Chez les familles arc-en-ciel s’ajoute souvent la crainte de ne pas être accepté-e et pris-e au sérieux en tant que partenaire ou parent. Pour éviter tout malentendu, il est préférable de ne pas dissimuler la configuration familiale. Chaque hospitalisation comporte son lot de questions, dont celle portant sur la famille proche et sur les personnes à informer. De plus, le personnel soignant procède à une anamnèse [1] qui inclut, outre les antécédents médicaux, la situation familiale. C’est l’occasion d’évoquer la particularité de celle-ci. Il peut également s’avérer utile de donner une procuration au parent non reconnu pour signifier que celui-ci est en mesure et en droit de prendre les décisions nécessaires.

Souvent, les familles s’inquiètent trop des réactions possibles du personnel médical à leur configuration. Plus elles joueront la carte de la franchise, moins il y aura de spéculations et de questions de la part du personnel. Une personne qui a déjà eu des expériences négatives avec des professionnel-le-s de la santé risque d’autant plus de s’inquiéter et de faire preuve de méfiance à leur égard. Or, les choses ont bien changé ces dernières années dans ce domaine. Aujourd’hui, les questions LGBTIQ* sont de plus en plus souvent abordées dès la formation initiale des professionnel-le-s de la santé qui adoptent par conséquent une attitude de plus en plus ouverte.

Comme toutes les personnes, les familles arc-en-ciel ont le droit d’être traitées et prises en charge avec respect et professionnalisme. Si leur configuration familiale est à l’origine d’un problème, il est préférable, dans la mesure du possible, d’en parler directement avec le personnel concerné. Si la situation ne s’améliore pas, il faut absolument en informer l’instance immédiatement supérieure. Il n’y a aucune raison de tolérer un traitement inégal fondé sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou la configuration familiale. Défendre ses propres droits ensemble, en tant que famille, aide à faire face aux éventuelles situations difficiles rencontrées dans le milieu médical.

Comment aborder le milieu médical?

  • Adopter une attitude transparente aide à éviter les malentendus et permet d’agir ouvertement en tant que famille.
  • C’est cependant à chaque famille de décider de ce qu’elle veut dire et à qui elle veut le dire. Il n’y a aucune obligation d’information vis-à-vis des professionnel-le-s de la santé.
  • Pour éviter des situations potentiellement désagréables, il est préférable de se renseigner en amont sur l’attitude du ou de la médecin par rapport aux familles arc-en-ciel. Ceci implique évidemment d’avoir soi-même choisi le cabinet médical.
  • Évoquer sa configuration familiale de manière ouverte et positive permet de sensibiliser les personnes «non initiées» à la thématique. Un suivi et un traitement de bonne qualité dépend également d’avoir accès à toutes les informations pertinentes.
  • Lors du premier contact avec un-e professionnel-le de la santé, vous pouvez tout à fait mentionner la brochure d’information sur les familles arc-en-ciel.
  • Si vous rencontrez malgré tout des problèmes, n’hésitez pas à vous faire aider par l’Association faîtière Familles arc-en-ciel.
  • Santé PluriELLE, groupe de la LOS, met à disposition une liste de gynécologues LGBT-friendly. N’hésitez pas à les solliciter: www.sante-plurielle.ch

Ce que vous êtes en droit d’attendre du milieu médical

  • Chaque professionnel-le de la santé est tenu-e d’appliquer le principe d’égalité de traitement, indépendamment de l’orientation sexuelle, de l’identité sexuelle ou de la configuration familiale de la personne concernée. Chaque professionnel-le de la santé est également tenu-e au secret médical.
  • La configuration familiale ne doit pas avoir d’impact négatif sur le traitement ou le suivi.
  • Si l’orientation sexuelle, l’identité de genre et/ou la configuration familiale sont à l’origine d’un problème avec d’autres patient-e-s, vous êtes en droit d’attendre du personnel médical et de l’institution de vous protéger, en tant que famille ou individuellement, contre toute forme de harcèlement ou de discrimination.
  • Si un problème survient avec un membre du personnel médical, l’établissement a tout intérêt à le résoudre. Vous êtes en droit de signaler sans détour tout problème et de revendiquer l’application du principe d’égalité de traitement.

[1] Anamnèse: L’anamnèse est le recensement de l’ensemble des ressources et antécédents d’un-e patient-e qui pourraient avoir une importance pour son traitement. L’interrogatoire porte également sur l’environnement social.

Autres institutions

par Tobias Kuhnert

L’école n’est pas la seule institution fréquentée par les enfants qui est susceptible de poser des défis aux familles arc-en-ciel. Beaucoup de ce qui a été dit plus haut dans le chapitre sur l’école peut s’appliquer à d’autres institutions. Adopter une attitude transparente, exprimer ses attentes, échanger sur le bien-être de l’enfant avec les responsables, réagir concrètement à une expérience de discrimination: ce sont des bases utiles qui s’appliquent un peu partout. Il existe néanmoins des particularités spécifiques.

Accueil et éducation périscolaires (garderie, parascolaire, structure d’accueil de jour) et préscolaires (crèche-garderie)

La question de savoir qui amène l’enfant et qui vient le chercher est ici plus importante que dans un contexte purement scolaire. Une communication transparente sur l’identité des parents est donc indispensable. Dans les garderies, l’échange sur des questions relatives à la famille et donc d’ordre personnel est souvent un facteur important pour assurer au mieux le bien-être de l’enfant. Les parents ont ainsi tout intérêt à communiquer ouvertement et simplement sur la situation de leur famille, à condition toutefois de rencontrer chez leurs interlocuteurs et interlocutrices (personnel de la garderie) une attitude positive à l’égard de la parentalité LGBTIQ*. Il est préférable de vérifier en amont du choix de la garderie comment le personnel administratif et d’accueil se positionne par rapport aux familles arc-en-ciel. En l’absence de possibilité de choix (par exemple dans le cas de l’accueil périscolaire), c’est aux familles elles-mêmes de susciter cette acceptation indispensable. Pour ce faire, elles peuvent par exemple fournir des informations utiles, en appeler au professionnalisme des personnes concernées et, si nécessaire, s’adresser à l’instance supérieure (éventuellement avec le soutien de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel).

Les services de conseil aux familles

Là aussi, il est conseillé de vérifier en amont l’attitude du service local de conseil aux familles à l’égard des familles arc-en-ciel et son niveau de connaissances en la matière pour éventuellement se tourner vers un autre service. Les services de conseil non adaptés aux familles arc-en-ciel peuvent être sensibilisés et formés par l’intermédiaire de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel : pour aider d’autres familles qui seront un jour dans la même situation, il sera utile d’informer en conséquence le service de conseil ainsi que l’Association faîtière Familles arc-en-ciel.

Si le conseiller ou la conseillère pose des questions qui peuvent paraître bizarres, il ne faut pas systématiquement en conclure qu’il s’agit d’une forme de rejet. Ces personnes n’ont souvent tout simplement pas suffisamment de connaissances sur les réalités concrètes des familles arc-en-ciel. Dans ce cas, vous pouvez par exemple exprimer le malaise que suscite chez vous la question posée mais aussi remercier la personne pour l’intérêt qu’elle porte à votre situation et répondre dans la mesure où vous vous sentez à l’aise pour le faire.

Les autorités de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA)

Les familles arc-en-ciel peuvent être confrontées aux APEA, notamment si la filiation n’est pas reconnue ou dans le cadre d’une procédure visant à établir cette filiation. Il faut savoir que les APEA ne cherchent pas forcément à mettre des bâtons dans les roues aux familles arc-en-ciel mais agissent simplement au nom du législateur. C’est à la fois une opportunité et un risque : la manière dont cette mission est gérée peut varier considérablement. Au sein de ces autorités, certaines personnes tenteront d’instaurer des rapports agréables basés sur l’estime tandis que d’autres auront une attitude de rejet face aux formes familiales non-hétéronormatives / non-cisnormatives. Dans ce dernier cas, il est recommandé de chercher du soutien auprès de l’Association faîtière Familles arc-en-ciel. Bien souvent, l’information et la transparence suffiront toutefois à améliorer la relation avec ces professionnel-le-s.

Autres autorités (mairie, office des migrations…)

Comme dans d’autres institutions, les défis qui se posent aux familles arc-en-ciel dans leurs démarches administratives sont parfois dus au rejet manifeste mais souvent dus à l’ignorance et à l’inconnu. Les familles gagneront donc à adopter une attitude transparente et à expliquer leur situation. Une curiosité mal placée ou intrusive doit toutefois alerter : ainsi, pour une démarche telle que le renouvellement d’un titre de séjour, l’histoire de la famille est hors de propos. Face à une curiosité excessive, il s’agira de renvoyer les fonctionnaires aux faits pertinents ; la famille peut se sentir en position de faiblesse et les fonctionnaires ne doivent pas en abuser.

Associations de loisirs (sport, musique…)

Comme pour la crèche ou la garderie, l’implication des parents est importante quand il s’agit des activités de loisirs de leurs enfants. Là aussi, une communication transparente sur leur situation familiale est donc recommandée. Si l’enfant fait l’objet de moqueries, les parents peuvent – et devraient – réagir comme dans le contexte scolaire, à savoir en impliquant la personne qui anime l’activité en question.

Les institutions religieuses

Les institutions religieuses ou d’une manière générale les religions constituent souvent une sorte d’« univers parallèle » parce qu’elles ne fonctionnent pas selon les même principes (juridiques et éthiques) que les institutions publiques ou régies par l’État. Même au sein d’une religion donnée, il y a souvent de grandes différences d’une région à l’autre. Vous avez donc tout intérêt à vous renseigner localement pour trouver une communauté qui vous convient.

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